Madame l'eau

1993

Avec : Damouré Zika (Damouré), Lam Ibrahim Dia (Lam), Tallou Mouzourane (Tallou), Philo Bregstein (Philo), Wineke Onstwedder (Wineke), Frans Brughuis, Dirk Nijland, Idrissa Maïga, Amidou. 1h44.

Il y a trente ans, il suffisait encore de trois mois de travail pour obtenir une récolte de mil et vivre l'année avec. C'est en 1978 qu'était venu le documentariste hollandais Philo Bregstein filmer Rouch et ses amis Damouré, Lam et Tallou. Dans Jean Rouch et sa caméra au coeur de l'Afrique, ils avaient raconté la naissance de leur amitié. En souvenir de cette époque, Rouch décide de raconter, l'histoire de madame l'eau et de son fils monsieur le vent ...et de madame Sterdam pour mettre un peu d'ordre dans tout ça.

Damouré ausculte des malades dans son cabinet médical près de Niamey. Il reçoit la visite de Lam qui l'avertit des souscis causé par la sécheresse à la population. C'est bientôt Tallou, venu sur son âne quise joint à eux et tosu els trois s'en vont visiter champ de mil et coopérative agricole. Mais dès que l'on quitte le fleuve Niger, on s'enfonce dans le Gourma, le pays de nulle part. Les collines de culture de mil et de sorgo se font rare dans le pays plus loin que loin où ne subsistent que quelques rares vallées fertiles. Avant ici subsitaient pourtant 300 familles qui cultivaient le riz dans des parcelles qu'elles avaient achetées, clôturées, irriguées par deux grosses motopompes collectives. Depuis le sable a envahit la rivière. Peut être les arbres abattus ne le retienne plus.

Il ya 14 ans nage, en 78 donc Philo Bregstein avait parlé au trio de Moulin à vent pour irriguer les champs, bien plus économiques que les motopompes. Le trio decide de partir en epédition. Tallou veut un billet pour son bourricot qui, miracle, voyagera incognito sur le vol UTA qui els conduit à Amsterdam.

À la recherche de solutions pour lutter contre la sécheresse au Niger, ils partent en Hollande, le pays de l'eau et des moulins, et ramènent dans leurs bagages un ingénieur néerlandais et le moulin démontable dont il est l'inventeur.

Le moulin s'avère enchanteur. Son eau claire chante bien, les champs sont plein de tulipes noires pousées en une heure, et des oiseaux blancs viennet s poser sur les rizières nouvelles. Les ingénieurs demandent trois ans pour savoir si les moulins seront viables... Trois ans pour travailler mais aussi pour rêver

Après Jaguar (1967), Petit à petit (1970) et Cocorico ! Monsieur Poulet (1974), quel plaisir de retrouver ce trio de philosophes faussement candides et d'anthropologues farceurs, plus que jamais cousins africains de Bibi Fricotin.

Au début, on trouve un drame : la sécheresse qui sévit au Niger, l'ensablement du fleuve, le manque d'eau. A l'arrivée : une forme de comédie où l'on suit les nouvelles tribulations de Damouré, Lam et Tallou, partis cette fois pour un voyage d'études en Hollande, à la façon des Lettres persanes de Montesquieu. Infatigables globe-trotters, ils reviennent ensuite au pays avec de merveilleuses histoires et l'intention de construire leurs propres moulins. Les péripéties de l'installation de cet engin moderne fournissent à Jean Rouch une libre narration où sa poésie et son humour font merveille sans pour autant trahir le regard ethnographique.

Au festival de Berlin, Madame l'eau reçut le grand prix international de la paix avec la mention suivante : " un des seuls films sur le développement où l'on considère qu'une des conditions du développement est l'humour ". On ne peut mieux dire.

critique du DVD
Editeur : Montparnasse, mars 2008. Langue : français. Master restauré par la cinémathèque de Bologne. 1h26.

Supplément :

  • Rouch gang, Un film de Steef Meyknecht, Dirk Nijland et Joost Verhey (1h10, 1993).
Retour