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Les Happy Fanfare, est un girl band à succès, composé de cinq jeunes filles. Mai Yamaoka, la plus populaire, celle qui chante au milieu, est fatiguée d'une tournée de quatre ans qui s'achève. Mais ce samedi soir, lors du concert de clôture, leur patron, le sombre Koichi Yoshida, leur fait annoncer en scène qu'elles vont participer à la grande scène nationale réunissant les meilleurs groupes du Japon.
Les cinq jeunes filles participent à l'après-vente du concert : contre achats de disques et autres produits dérivés, les fans, tous de jeunes hommes, ont droit à quelques minutes de pose pour un selfie et trois phrases de remerciements.
C'est donc épuisées qu'elles sont reconduites chez elles par leur manager, Saya Yabuki, qui les met en garde : elles ne sont pas au niveau pour la scène nationale. Il va falloir redoubler d'efforts donc pas d'alcool, pas de sorties nocturnes et pas trop d'écrans et leur donne rendez-vous pour le lundi matin.
Mai, Blondie et Nanako, qui n'ont pas de famille à Tokyo, cohabitent et sont devenues amies. Nanako leur propose une visite au zoo pour le lendemain. Ses deux amies sont interloquées mais Nanako leur précise qu'il s'agit pour elle de retrouver son petit ami à l'abri des regards car toute relation avec un garçon est interdite aux jeunes idoles qui doivent préserver une pureté immaculée propre au fantasmes des fans.
C'est ainsi que les trois jeunes femmes se retrouvent au zoo. Là, Mai retrouve par hasard son ami d'enfance, Kei Mayama, qui sous un masque fait une démonstration de mime à un public ravi. Kei accompagne ensuite le petit groupe au karaoké, où Nanako et son petit ami sont laissés seuls pendant que Blondie et une amie s'éclipsent. Mai et Kei vont observer Tokyo, qui les faisait tant rêver jadis dans leur province. Kei, à la demande de Mai, exécute son meilleur tour de mime :il lévite au bout d'une corde. Kei montre à Mei le van qui lui sert ausis à dormir, se passant ainsi de payer un loyer. Ils se quittent émus.
Le lundi, les répétitions commencent mais le scandale éclate quand des photos de Nanako et de son petit ami au karaoké sont diffusées sur les réseaux sociaux. Nanako, sous la pression de son patron et sa manager, est obligée de présenter des excuses publiques, réfutant avoir un petit ami, juste une connaissance. Mais le petit ami de Nanako ne l'entend pas ainsi et vient pour la rencontrer accompagné de Kei. Nanako refuse de le voir et Mai empêche Kei de forcer la rencontre.
Mai reprend sans entrain les répétitions. Le soir, elle va voir Kei faire un numéro de mime de l'autre côté d'une rue. Ils échangent des sms, regrettant de ne pas pouvoir se voir en public.
Le soir du spectacle tout se passe comme à l'ordinaire sauf que Nanako a moins de fans dont certains se reportent sur Mai. Et puis, c'est l'incident : le fan de Nanako qui allait jusqu’à acheter 50 disques par soirée est pris d'un coup de folie et jette des fumigènes dans la foule pour approcher Nanako avec une arme. Tous fuient. Nanako trébuche et Mai se porte à son secours. Le fan surgit, menaçant . Il est, juste à temps, neutralisé par d'autres fans. Les cinq "idoles" s'apprêtent à monter dans le mini-bus de Saya Yabuki quand Mai reçoit un sms de Kei qui se dit content qu'il ne lui soit rien arrivé. Mai le repère dans son van et, prise d'une impulsion subite, le rejoint. Elle l'enjoint de démarrer alors qu'il hésite et que Saya percevant le danger s'approche. Finalement ils fuient dans Tokyo et s'embrassent au premier feu rouge.
Huit mois plus tard. Koichi Yoshida a intenté un procès avec demande de dommages et intérêts, 8 millions de yens, envers Mia et Kei. Saya Yabuki est citée comm témoin à charge. Ell lit le contrat de Mai stipulant qu'il est interdit d'avoir des relations privées avec un fan. L'avocat a beau arguer que Kei n'est pas un fan, il etait au courant des usages dans le monde des idoles.
Kei et Mai habitent un petit deux pièces. Le premier gagne sa vie en animant des mariages, la seconde avec quelques lives où elle perd progressivement des fans. Mai va voir Nanako chez sa mère avec qui elle habite. Elle tente de lui faire dire que son petit ami lui manque mais Nanako lui fait prendre conscience que c'est elle qui regrette de n'être plus une idole. C'est bien ce que ressent Mai, s'écroulant en pleurs en voyant un camion publicitaire aux couleurs du New happy fanfare. Ses relations avec Kei se dégradent quand il se sent obligé de vendre son van.
Et puis soudain tout semble s'éclairer : la société pharmaceutique qui a racheté lentreprise de spectacles de Koichi Yoshida ne veut pas de scandale et propose un arrangement à l'amiable. Après des excuses privées auprès des membres de l'équipe, Mai et Kei n'auront plus rien à payer. Kei veut accepter mais à sa grande stupéfaction Mai s'obstine. Elle change d'avocate; celle qu'elle choisit décide de porter l'affaire devant la cour suprême s'il le faut afin de réclamer des dommages et intérêts pour torture morale et contrat abusif, allant à l'encontre des droits humains.
Un an plus tard. Mai conduit Blondie vers ce lieu dont celle-ci leur parla autrefois : le lever de soleil sur la mer en forme de bonhomme de neige car se reflétant, un peu allongé, sur l'eau au petit matin. Mai a gagné son procès et semble tirée d'affaires économiquement, vivant de leçons de danse aux enfants. Elle est séparée de Kei. Blondie a réussi à imposer ses chansons au sein du groupe. La beauté du lever de soleil inspire à Mai l'idée de revenir avec tout le groupe d'autrefois. Blondie sait que cela ne sera pas possible et propose d'aller prendre un bon petit-déjeuner bien chaud. Mai l'accompagne.
La dramaturgie se déroule en quatre actes : la description du monde des idoles; la naissance de l'amour entre Mai et Kei et leur fuite; le procès jusqu'à l'accord à l'amiable refusé; l'amère victoire.
Seule la partie du procès est un peu longue et convenue. Beaucoup plus émouvantes sont les trois autres parties. La naissance de l'amour entre Mai et Kei donne lieu à des scènes touchantes : la rencontre dans le zoo avec le mime faisant peser des tonnes un simple ballon gonflable ou le rendant léger pour l'offrir à une petite fille; la séance magique de lévitation offerte pour un sous ; la rencontre des deux côtés de la route avec échanges de sms; le baiser dans la voiture arrêtée et illuminée par les feux arrière de la voiture qui la précède. Tout pareillement le couple après huit mois de procédure sans doute éprouvantes reste encore tendre alors que pèse sur eux la charge des dommages et intérêts. La fin de cet amour renvoie à l'une de ces scènes les plus marquantes: c'est cette fois sous la pluie que se font face de chaque côté d'une rue Mai et Kei mais sans sms et avec invectives.
La description du monde des idoles est quasi documentaire comme l'exprime Fukada dans le dossier de presse : actrices recrutées sur casting ; multiplication des concerts pour élargir le nombre de fans; contrôle du maquillage, des chansons d'amour chastes apprises par cœur comme la chorégraphie et chantées en playback ; contrôle strict de la vie privée des jeunes filles, réduite à néant afin de permettre aux fans de se projeter dans une relation exclusive avec l’une ou l’autre ; longues séances d'après concerts pour vendre les produits dérivés et entretenir des relations factices avec les fans.
Le contraste est évidemment saisissant avec la vie de jeune saltimbanque menant la vie de bohème pleine d'espoir de Kei. Le film ne porte pas tant sur le droit humain fondamental qu'est la liberté d’aimer. L’entreprise a juste le tord de faire figurer noir sur blanc cette interdiction alors qu'elle est constitutive de ce type de spectacle . C'est bien davantage l'archaïsme de la masculinité japonaise qui est mis en cause : ce désir portant sur des poupées maintenues artificiellement pures pour y projeter des fantasmes. Les prêtresses grecques devaient rester vierge pour maintenir le canal ouvert avec les dieux; les idoles japonaises sont le canal des fantasmes de jeunes hommes immatures.
Jean-Luc Lacuve, le 31 mars 2026.