|
|
|
|
|

A 5h40, Jacky se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer, dit-il, une nouvelle importante. Bruno n'est guère d'humeur d'être réveillé de si bon matin et se montre incrédule lorsque Jacky lui explique qu'il a des preuves que l’humanité toute entière vit dans une simulation. Lorsque Fabienne, enceinte, se réveille à son tour, elle soupçonne son mari et Jacky de discuter d'argent derrière son dos. La dispute s'interrompt brusquement : Fabienne perd les eaux et le bébé tombe par terre. Fabienne s'en saisit, heureuse, et va le doucher dans la baignoire.
Jacky entraîne Bruno dehors pour prouver ses dires. Derrière les buissons à l'arrière d'une pissotière, Jacky montre sa preuve : en soulevant la plaque d'égout, il découvre un pigeon qui vole sur place. Sonné, Bruno accepte de suivre Jacky chez lui afin qu'il lui montre ses 267 autres preuves et ce malgré les appels de Fabienne restée à la maison avec le bébé. Jacky découvre d'autres preuves : une boulangère à huit doigts, un chapeau qui flotte dans la Seine sans bouger, des crottes de chien luminescentes et évanescentes, un ascenseur qui s’ouvre à l’identique dès qu’on l’appelle à chaque étage. Bruno, convaincu, pense qu'il peut faire n'importe quoi puisque tout est simulation : il dégrade du matériel dans le métro et se montre insultant vis-à-vis d'un passant. En rentrant, il casse une vitre de voiture. Fabienne lui reproche ses mensonges à propos de la télévision 4D devant laquelle Jacky l'aurait contraint à voir les 3 premiers Star wars.
Le lendemain, attablés à la terrasse d'un café, Jacky et Bruno envisagent un plan d'action. Christophe Bourgeois, qui les écoutait, leur propose de leur expliquer ses quinze ans de recherches... mais il n'a que 15 mn avant sa séance de massage. Il leur explique qu’ils ne vivent que dans le reflet du monde réel. La vraie vie c'est leur reflet. Là est le vertige.
Comme ils sortent à sa suite, ils le voient écrasé par un bus. La tête sans corps de Christophe supplie Bruno, le plus intelligent dit-il, de poursuivre ses recherches, seul, sans être entravé par Jacky.
15 ans plus tard. Bruno urine difficilement mais fait une apparition triomphante au congrès où il est mondialement reconnu comme celui qui a révélé depuis des années que tous n'étaient que le reflet du monde réel. Bruno lance aujourd'hui son nouveau produit, le Reflectus, pour 999 euros. Il en fait la démonstration : avec son miroir connecté à une ventouse fixée sur le front, ce produit permet d'éprouver les sensations bien plus vives et fortes du monde réel. C'est un triomphe.
Mais approche alors un Jacky prématurément vieilli en chaise roulante. Il reproche à Bruno de l'avoir évité toutes ces années. Il est accompagné de la fille de Christophe Bourgeois qui l'accuse d'avoir pillé les recherches de son père à son unique profit.
Claude, la fille de Bruno, lui demande d'essayer son Reflectus. Elle ne s'en déclare pas satisfaite et découvre qu'il est dépourvu d'électronique, juste un miroir et un bouton. De dépit, elle le balance à la tête de son père. En tombant, le miroir se brise. Dans un fragment se révèle le monde réel dans lequel tout va bien : Jacky et Bruno sont toujours amis et rient des déboires dans le monde des reflets.
Ce petit film bricolé est caractéristique de l'inventivité permanente de son réalisateur et offre, outre quelques séquences iconiques (le moteur dans le placard, le pigeon, le réflectus), un pied de nez salutaire sur notre monde bardé de perfection technique et d'atrocités généralisées.
Quentin Dupieux développe une technique artisanale qui pourrait lui permettre toutes les extravagances mais qu'il contrôle avec soin pour faire surgir l'étrangeté là où on ne l'attend pas, générant par là-même le comique de ces situations. C'est le doigt qui s'enfonce dans la sonnette, le moteur de moto rangé dans un placard de cuisine, l'accouchement du bébé sans cordon ombilicale, l'obsession de l'argent de Fabienne, le prétexte de la télévision 4D, vérifié par Fabienne ; les 267 preuves dont le pigeon qui vole sur place, prisonnier sous une plaque d'égout, la boulangère aux huit doigts puis, dans la deuxième partie, "le reflectus" avec sa présentation en grande pompe, calquée sur les shows exhibant les derniers modèles de l'iphone.
Le film possède hélas un ventre mou, l'explication du vertige de n'être que le reflet du monde, qui éteint un peu les rires avant la deuxième partie.
Le cinéaste assume pleinement l'amateurisme de son esthétique d'animation. Il se dégage ainsi des grandes machines sophistiquées qu'il brocarde tels Matrix, Star wars ou les images de synthèse dans leur approximation du début des années 2020. Quentin Dupieux a préféré solliciter le concours de cinq jeunes diplômés de l’École des Gobelins à Paris : Yann Roussel, Max Nicolas, Rémy Alleman, Solane Duval et Léo Pouliquen. Après que les acteurs ont enregistré tout le texte en lisant le script en studio, leurs déplacements sont captés avec la technique de la « motion capture » tandis que les décors sont modélisés en 3D avec le logiciel libre d’animation Blender.
Jean-Luc Lacuve, le 11 juin 2026