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C'est furieuse que Rosetta parcourt les couloirs de l’usine pour interroger sa collègue qui l'aurait dénoncée pour être arrivée en retard. Sa collègue reconnaît avoir noté deux retards mais expliqués par le retard du bus. Rosetta s’en prend alors encore plus violemment à son patron de la renvoyer alors qu'elle fait bien son travail. Celui-ci doit avouer qu'il la licencie parce que c’est la seule à être en fin de période d’essai. Rosette crie à l'injustice et se démène pour rester dans l’usine. Elle se bat avec les deux policiers que son patron a appelé en renfort et est expulsée se débattant toujours.
Calmée, elle mange un sandwich avant de prendre le bus. Elle descend à un arrêt et ouvre un portail de bois, faisant semblant d'entrer chez elle. Puis, le bus une fois reparti, traverse la route et s'enfonce à travers bois. Dans une cache qu'elle a aménagée dans une canalisation, elle récupère ses bottes qui lui permettent d’aller jusqu'à la clôture du camping « Grand Canyon »,en contrebas où elle a découpé un passage dans le grilalge. elle se dirige vers sa caravane demandant au gardien s'il y a du courrier pour elle. Rosetta revenue de la douche reproche à sa mère d'entretenir un parterre de fleurs alors qu'elle espère quitter le camping. Ayant trouvé une capsule de Martini, Rosetta s'emporte contre sa mère l'accusant d'être alcoolique et d'échanger de l'alcool contre des faveurs sexuelles. Elles se disputent violemment parce que sa mère à de plus accepté une truite. Rosetta veut qu'elle s'en tienne à ses travaux de raccommodage des vêtements usagés qu'elle-même va revendre. De rage, Rosetta jette le poisson et saccage le parterre de fleurs.
Rosetta cherche des vers de terre pour ses pièges à poissons qu'elle a disposés dans l'étang du camping. Puis elle se rend à la boutique caritative où elle vend pour 450 francs de vêtements raccommodés. On lui refuse les allocations chômage car elle n’a pas travaillé sur une durée suffisamment longue. Puis elle retourne à la boutique négocier pour 350 francs le reste des vêtements, refusés une première fois.
En rentrant, elle achète une gaufre ainsi que des bières avec et sans alcool au vendeur, Riquet. Le patron étant là elle,lui demande sans succès du travail et refuse de répondre à Riquet. Arrivée à la caravane, Rosetta souffre de règles douloureuses qu'elle atténue avec des analgésiques et un sèche-cheveux qui lui réchauffe le ventre.
L'après-midi suivant, Rosetta surprend un homme apportant une bouteille à sa mère. Elle entre vivement dans la caravane et s'empare de la bouteille qu'elle brise. L'homme lui court après mais sa mère la protège. Elle tombe alors sur Riquet venu en mobylette. Elle lui en veut de cette visite inattendue au camping et se bat avec lui avant qu'il ne l'informe qu'une collègue a été licenciée et qu'elle peut reprendre le poste.
Dès le lendemain, le patron lui apprend à confectionner la pâte à gaufre dans un pétrin où il faut porter quatre sacs de 10 kilos alors même qu'il termine le licenciement de l'ancienne employée, à son avis trop souvent absente avec un enfant en bas âge. Riquet tente sans succès de l’inviter après son travail ; elle l'observe travailler puis s'enfonce dans les sous-bois vers son camping.
Avec l'acompte de son travail, Rosetta peut donner à sa mère les 500 francs du loyer pour le gardien. Alors qu'elle fait la lessive, elle manque d'eau et va furieuse s’en prendre au gardien. Elle découvre alors que celui-ci a obtenu une fellation de sa mère. Elle réclame l’argent du loyer et exige le reçu. Rosetta tente d'encourager sa mère à se rendre dans un centre de désintoxication mais celle-ci préfère s'enfuir obligeant Rosetta à passer par la fenêtre de la caravane avant de la retrouver aux abords de l'étang. Rosetta encourage une nouvelle fois sa mère qui déclare toutefois ne pas vouloir s'en sortir. Elle tente en effet de s'échapper et se débat contre sa fille qui, déséquilibrée, tombe dans l’étang. Rosetta à beau appeler à l'aide, car l'étang est vaseux, sa mère l'abandonne et Rosetta sort à grand peine de l'étang.
Rosetta revient en ville et cherche l'aide de Riquet ayant trouvé son adresse par le patron. Elle se renseigne sur la possibilité de louer un cagibis dans l'immeuble. Riquet l'invite à dîner d'un repas de pain perdu et lui fait part de ses goûts, la gymnastique et la batterie. Elle accepte une bière qu'il est stupéfait de la voir descendre en une seule fois. Au cours de la soirée, Rosetta découvre un gaufrier en sa possession et lui accorde le fait qu'il vende des gaufres pour son compte. Il tente de la faire danser, mais la douleur de ses règles mettent fin à ses efforts. Rosetta s'enfuit puis revient réclamer la paire de bottes qu'elle avait vue dans le cagibi. Elle avoue aussi ne pas avoir envie de retourner dormir à la caravane. Riquet lui dresse un lit dans la cuisine. Allongée dans son lit, Rosetta tente de se convaincre que sa vie a repris son cours normal : "Je m’appelle Rosetta, j'ai trouvé un travail, j’ai trouvé un ami ; tu as une vie normale, une vie normale, tu ne tomberas pas dans le trou ; je ne tomberai pas dans le trou Bonne nuit. Bonne nuit".
Riquet la conduit au travail sur sa moto. Rosetta apprend qu'elle est remplacée par le fils du propriétaire, qui a échoué à l'école, ce qui entraîne une nouvelle crise émotionnelle. Rosetta ne s’apaise pas lorsque le propriétaire lui annonce qu'elle sera contactée si une opportunité se présente. Elle débusque le fils au sous-sol et enlace fermement un sac de farine, refusant de partir. Elle regagne néanmoins le bois où elle change de chaussures alors que les douleurs des règles reprennent, qu'elle soulage un peu avec le sèche-cheveux.
Rosetta entame une nouvelle recherche d'emploi, mais en vain, et est reprise de règles douloureuses. Elle tient compagnie à Riquet pendant son travail. Il propose de lui payer une gaufre, mais elle refuse, de même que de le revoir le soir. Elle tente vainement d'interpeller le patron en quête d'un poste. En rentrant, le gardien l'attend sur sa mobylette devant son entrée directe depuis la route et lui reproche de ne pas entrer par l’entrée principale du camping.
Elle s'assure qu'il parte puis relève ses pièges à poissons. Rosetta entend le bruit d'un moteur de moto et, pensant qu'il s'agit du gardien, jette ses pièges dans l'étang. Mais il s'avère que ce n'est que Riquet. Il tombe dans l'étang en l'aidant à retrouver les pièges. Elle le regarde se débattre dans l'eau boueuse et hésite avant de l'aider.
Le jour suivant, Riquet lui explique comment il vend ses propres gaufres pendant les heures de travail et il lui propose de travailler au noir pour l'aider à mélanger la pâte. En en vendant dix par jour, elle pourrait gagner 15 000 francs par mois. Mais Rosetta refuse : ce qu'elle veut c’est "un vrai travail". Elle décide alors de parler au patron de l'arnaque de Riquet. Rosetta assiste à l'expulsion de Riquet, qui lui jette, plein de colère, son tablier. Trahi et blessé, Riquet la poursuit sur sa mobylette jusqu'à ce qu'il la rattrape et lui demande pourquoi. Rosetta affirme qu'elle voulait un emploi et regrette de l'avoir sauvé de l'eau. Il rétorque qu'elle l'a quand même aidé et la laisse partir.
Le lendemain, Rosetta s'installe dans la baraque à gaufres prenant soin de barricader la porte à l'intérieur anticipant la venue de Riquet. Celui-ci vient bien lui acheter une gaufre et elle a du mal à le regarder dans les yeux. De retour chez elle, après avoir une nouvelle fois traversé la route et changé de chaussures, elle trouve sa mère inconsciente et ivre devant la caravane. Elle la traîne à l'intérieur et la met au lit.
Rosetta allume le gaz pour faire cuire un œuf et regarde l'eau frémir. Elle sort appeler son patron de la cabine téléphonique et lui annonce sa démission. De retour à la caravane, elle prend l'œuf dur et laisse le gaz tourner tout en calfeutrant la caravane pour s'asphyxier, elle et sa mère. Elle mange l'œuf et s'allonge. Mais le gaz vient à manquer, et elle va chez le propriétaire pour acheter une autre bonbonne. Alors qu'elle tire la lourde bonbonne avec difficulté, Riquet arrive sur sa mobylette et la contourne. Elle finit par s'effondrer et fond en larmes. Riquet l'aide à se relever, et elle se tourne vers lui pour le regarder, reprenant peu à peu ses esprits.
La Promesse, le précédent film des frères Dardenne avait fait sensation
à la Quinzaine des Réalisateurs en 1996. La consécration arrive en 1999 avec Rosetta,
film sans concessions qui décrit le combat d'une jeune femme déterminée
à trouver et conserver un emploi. La caméra
des Dardenne ne lâche pas d'une semelle Emilie Dequenne et son regard
buté. Président du jury à Cannes, David Cronenberg crée
la surprise en décernant la Palme d'or à cette oeuvre radicale
et le Prix d'interprétation féminine à sa comédienne
débutante.
Pourtant, si l'expresionnisme violent du metteur en scène canadien est ici absent, son thème favori de l'enfermment mental est le sujet principal de Rosetta.
Rosetta, jeune fille à peine sortie de l’adolescence, enfermée dans sa peur panique de "tomber dans le trou", se construit un univers mental avec ses règles : dignité travail, autonomie, qui ne seraient valides que si elle disposait d’assez de temps pour en recueillir les fruits. Or Rosetta est sans cesse soumise à l’urgence de survivre et son énergie et son courage ne peuvent que la conduire à l’épuisement et à la mort. C’est ce destin tragique que raconte la mise en scène faite de courses folles, de répétitions de gestes douloureux mais aussi d’ellipses et de gros-plans sur le visage de Rosatta marquant l’incompréhension ou la froide décision. Bien loin de l’héroïne positive qu'un tel sujet, survivre à la misère, aurait pu développer, Rosetta est le parcours d’une adolescente qui doit d'abord se sauver d’elle-même en trouvant le temps de s’ouvrir aux autres. Magnifique plan final.
Caméra à l'épaule mais pas seulement.
Rosetta veut défendre jusqu'au bout le chemin qu’elle s'est tracé pour se sauver toute seule de l'extrême pauvreté en sauvant d'abord sa mère de l'alcoolisme pour que toutes deux atteignent une vie normale et respectable. Dans ce but, elle déploie une énergie sans relâche et sans repos qui la ferme au monde extérieur. Par dessus tout, elle refuse que l'on découvre leur situation et est prête pour cela à employer des moyens peu glorieux, comme trahir une amitié voir laisser mourir ceux qui lui barrent le chemin.
La poursuite de Rosetta en quête de sa collègue puis pour échapper à la police; ses marches rapides dans les rues et pour descendre dans le bois, sa course pour échapper au patron qui la renvoie et chercher son fils, celle pour échapper à Riquet, ont installé les Dardenne comme les tenants, jugés un peu facile, de la technique de la caméra à l'épaule. Il s’agit bien pourtant de mettre en avant la détermination physique de Rosetta comme une adolescente cognant sans cesse sur les barrières sociales. Sont ainsi filmés avec ce même objectif les répétitions de ce contre quoi se bat Rosetta.
Est répétée quatre fois la descente à travers bois pour prendre ses bottes et remettre ses chaussures de ville dans son sac qui contient sa bouteille d’eau et l'argent qu'elle a pu gagner. Rosetta tient à dissimuler sa pauvreté. Les bottes enfermées dans la canalisation forment une métaphore de ce qu'elle vit. Son désir de ne pas tomber dans le trou. Sont répétées aussi avec la même constance les règles douloureuses qu'elle doit surmonter : le premier jour, elle peine à les soulager avec sèche-cheveux et analgésiques. Elles les les reprennent le troisième jour chez Riquet, le quatrième après avoir été remplacée par le fils du patron, le cinquième lors de sa recherche infructueuse d’emploi. Mais rien ne semble arrêter la course de Rosetta. Pas même la morale commune qui la voit hésiter à sauver Riquet si elle pouvait bénéficier de sa place puis, pour cela, le trahir ouvertement en dénonçant son trafic et réussir enfin à avoir « un vrai travail ».
Dans ce chemin de croix elle tombe quatre fois, sur le sac de farine auquel elle s’accroche, dans l'étang ou sa mère l'abandonne, avec ses mère quelle rentre dans la caravane puis sur la lourde bonbonne de gaz.
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La cruauté puis la grâce filmées en gros-plan
Face à cette détermination, la société coupe les ailes de Rosetta. Au plan qui succède à Rosetta conduite le matin par Riquet à son travail, intervient celui de Rosetta abasourdi par son renvoi par le patron. Immobile est aussi le long plan où Rosetta, observant son patron à travers la vitre, décide de trahir Riquet.
La dernière séquence, celle du retour à la caravane où elle trouve sa mère ivre-morte condense ces choix de mise en scène. La caméra à l'épaule saisit Rosetta allant chercher la bonbonne de gaz, l'épuisement la gagne auparavant quand elle porte avec difficulté sa mère puis enfin la bonbonne de gaz, ultime étape de son chemin de croix. Mais on note aussi le geste de tendresse de coucher sa mère et d'étendre sur elle une couverture. Le plan le plus décisif étant néanmoins celui où elle regarde l'eau de l'œuf frémir dans la casserole alors que le son du gaz s'entend distinctement. C'est là que Rosetta prend la décision d’en finir. Ainsi sa course pour téléphoner n’est pas, comme on peut le croire d'abord, une démission pour s'occuper de sa mère mais l'irrévocable suite de sa décision d'en finir, calmement en mangeant un œuf et en s'allongeant.
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La grâce est accordé par ce miracle qui contraint trop souvent les plus pauvres : la coupure de gaz et par l'amitié constante de Riquet. Rosetta l'a toujours perçue comme un bruit qui l’encercle dont elle ne comprend pas ou dont elle refuse de voir l'origine mais qui se révèle être celui de l’amitié, l'empathie, la solidarité. Rosetta, dans l'ultime plan fixe qui la cadre en gros-plan semble, faire tomber les barrières qui la rendait aveugle au monde.
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Jean-Luc Lacuve, le 24 mars 2025.