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L’exécution proprement dite de Nature morte au magnolia (du 25 août au 21 octobre 1941) est précédée et accompagnée par un nombre particulièrement important d’études dessinées : 68 dessins préparatoires, prêtés par l’artiste, figuraient dans l’exposition de la Tate Gallery en 1953.
Matisse s’est attardé dans ces feuilles sur chacun des éléments de sa nature morte pour les analyser, s’en approprier tous les détails : les enroulements du grand coquillage, les cannelures du pichet d’étain, les attaches du chaudron de cuivre, la fleur de magnolia au milieu du buisson de ses feuilles. Il a par ailleurs fait photographier certains états de la composition : quatre étaient exposés avec le tableau achevé à la galerie Maeght en décembre 1945, cinq figurent dans le film réalisé par François Campaux en 1945-1946. On peut ainsi constater comment la toile s’organise petit à petit, comment chacun des éléments s’immobilise frontalement autour de la fleur de magnolia, auréolée par le chaudron. Au final, solennelle, presque hiératique, la composition a pu évoquer pour certains (Bernard Dorival, Bulletin des musées de France, no 2, 1946, p. 6) l’organisation des tympans romans (le Christ dans une mandorle, entouré des quatre symboles évangéliques). Pour d’autres (Yve-Alain Bois, Paris, 1998, op. cit.), la fleur et ses feuilles en étoile hérissée ressemblent à la tête de Méduse, pétrifiant qui la regarde.
Le fond, tour à tour partagé en zones rectangulaires ou diagonales, laissant apparaître la surface de la table de marbre, support de la nature morte, est finalement unifié par un rouge embrasé. N’ayant plus de repères perspectifs, les objets flottent frontalement, pris dans cette couleur dense et légère à la fois.
Un croquis, annoté et légendé par Matisse à l’intention du chromiste de Verve, publié en 1945 (vol. IV, no 13, p. 36), fournit les indications les plus précises sur les dessous de la couleur : Matisse y indique tous les pigments qu’il a réellement utilisés, leurs combinaisons et leurs dénominations techniques. On apprend ainsi, par exemple, que le fond du tableau est peint en rouge cadmium clair, et que la teinte plus orangée du chaudron est obtenue par un passage cadmium jaune moyen sur frottis de laque écarlate. On apprend surtout que Matisse, dans cette quantité de rouges, a préservé l’éclat blanc de la fleur de magnolia … en utilisant « un blanc légèrement teinté bleu ».
« Quelle est votre œuvre préférée au Salon ? », demandait en 1945 l’interviewer de Matisse dans le film réalisé par François Campaux. « Au Salon… la nature morte rouge, celle que j’ai appelé Nature morte au magnolia… Depuis plusieurs années, c’est mon tableau préféré… je pense avoir donné le maximum de ma puissance… », répondit Matisse.
Isabelle Monod-Fontaine sur le site du MNAM