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Danseuse dans le fauteuil, sol en damier

1942

Danseuse dans le fauteuil, sol en damier
Henri Matisse , septembre 1942
Huile sur toile, 46 × 55 cm
Collection privée

Le modèle de cette œuvre est Carla Avogardo (fig. 1 et 5), une jeune comtesse italienne, amie de son modèle Nézy Chawkat. Hilary Spurling relate l'expérience de Matisse lors de la réalisation du tableau de Carla, telle qu'elle apparaît dans l'œuvre présentée ici : « [Carla] posait en tutu de danseuse raccourci, les longues jambes repliées dans un fauteuil rembourré sur un sol en marbre à damier. Danseuse aux bras levés dans un fauteuil jaune inaugura une extraordinaire série de variations que Matisse peignit cet automne-là sur le thème des jeunes filles assises sur des chaises, sur des sols carrelés. Il jouait avec la lumière, la multipliait et la divisait, la faisant scintiller et rayonner dans des compositions qui réduisaient les éléments minimaux à sa disposition – une porte, une fenêtre, un tissu rayé, des stores vénitiens, parfois une robe de haute couture trouvée dans une armoire – à des bandes, des pans et des échantillons, de larges bandes et des aplats inclinés de couleur pure » ​​(H. Spurling, Matisse le Maître, Une vie de Matisse : La conquête de la couleur, 1909-1954, New York, 2005, p. 411-412).

Selon Spurling, Matisse réalisait une composition par semaine, travaillant quelques heures par jour pendant cinq mois. Des photographies d'époque montrent les modèles posant pour lui dans son atelier, attestant qu'elles étaient toutes réalisées d'après nature. L'œuvre présentée ici est peut-être la plus aboutie et la plus captivante de ce groupe. Allongée nonchalamment dans un fauteuil, le regard droit dans les yeux du spectateur, Carla incarne l'assurance. Sa chevelure auburn éclatante contraste de façon saisissante avec la coloration de Lydia Delectorskaya et d'Hélène Galitzine, qui ont posé pour la plupart des compositions de Matisse durant cette période. Mais le geste le plus audacieux de l'artiste réside sans doute dans la juxtaposition des courbes et de la robe à volants du modèle avec la géométrie rigoureuse du carrelage noir et blanc. L'effet produit par « Danseuse dans le fauteuil » est celui d'une profonde confiance, tant dans la pose assurée de Carla que dans la maîtrise de son médium et de son sujet par l'artiste.

Au moment où il peignit cette œuvre, Matisse vivait à Nice avec son modèle et assistante d'atelier russe, Lydia Delectorskaya. Il s'était installé à l'Hôtel Régina en octobre 1939, retrouvant ainsi les vastes appartements qui étaient devenus à la fois son domicile et son atelier dans le sud de la France. Malgré une santé fragile et des périodes d'alitement, l'artiste réalisa certaines de ses compositions les plus vibrantes et colorées. Son travail du début des années 1940 est décrit par Alfred Barr comme une « synthèse complète après cinquante ans d'études et de recherches incessantes, au cours desquelles les styles académique, impressionniste, quasi-primitif, abstrait et réaliste furent tous mis à l'épreuve ».

S'étant largement coupé du monde extérieur au début de la guerre, Matisse se concentra presque exclusivement sur la représentation picturale de l'intérieur richement décoré de ses appartements à l'Hôtel Régina. Il transforma son appartement niçois à l'aide de tableaux, de miroirs, de draperies, de papiers peints, de textiles africains et de paravents, créant ainsi un décor théâtral pour ses modèles. Dans cette œuvre, le fond est un motif géométrique noir et blanc audacieux, d'une bidimensionnalité qui prive la composition de toute profondeur et perspective. La figure semble collée sur ce fond, identifié par le titre comme le sol, mais qui peut tout aussi bien être interprété comme un mur derrière la femme.

« Je vais peindre avec des briques », écrivait Matisse en 1942. « Je veux dire que je vais travailler la densité » (cité dans Matisse, Une seconde vie, op. cit., p. 108). Avec ses aplats de couleurs saturées, cette composition témoigne de son lien avec le trait plus net et l'audace décorative des couleurs qui caractérisaient le style de Matisse depuis ses travaux sur les décors de cheminée du Rockefeller Center en 1938 et sur la production du Ballet de Monte-Carlo du Rouge et Le Noir en 1939. Matisse travailla dans ce style audacieux et décoratif dès la fin des années 1930, culminant avec la grande série de papiers découpés, colorés et épurés, des dernières années de sa vie. Les couleurs vives et le plaisir de la beauté qui imprègnent cette œuvre témoignent de la force d'esprit et de la richesse de la vision de l'artiste, intactes malgré les épreuves physiques qu'il a endurées. À propos des portraits de femmes de Matisse de cette période, John Elderfield écrivait : « Son modèle est représenté en costumes ornementaux – un manteau persan rayé, une blouse roumaine – et la ornementation, ainsi que la construction même du costume et de la peinture, sont présentées comme analogues. Il s'ensuivit des séries de tableaux montrant son modèle dans des poses, des costumes et des décors similaires ou différents : une suite de thèmes et de variations qui gagna en mystère et en intensité au fur et à mesure de son déploiement » (J. Elderfield dans Henri Matisse, A Retrospective (catalogue d'exposition), The Museum of Modern Art, New York, 1992-93, p. 357). En effet, tel un musicien composant des variations sur un thème donné, Matisse réarrangeait sans cesse les meubles, les objets décoratifs et les plantes de son atelier, ainsi que les vêtements de ses modèles, expérimentant inlassablement avec son thème de prédilection et inventant de nouvelles combinaisons décoratives et solutions picturales, créant ainsi l'une des œuvres les plus audacieuses et les plus vivifiantes de l'art du XXe siècle. Envoyer des commentaires

 

 

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