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Présentation de Jésus au temple

1342

Presentazione al Tempio
Ambrogio Lorenzetti, 1342
Tempera sur bois, 257 x 168 cm
Florence, Gallerie des Offices

La Présentation au Temple est une tempera sur panneau de bois provenant initialement de la cathédrale de Sienne. Considérée comme l'une des œuvres majeures d'Ambrogio Lorenzetti, elle est l'une des cinq seules œuvres datées et signées par l'artiste, constituant ainsi un élément de référence important pour la reconstitution de l'évolution artistique du peintre siennois.

L'œuvre ornait l'autel de San Crescenzio dans la cathédrale de Sienne et fut commandée dans le cadre du programme décoratif des autels dédiés aux quatre saints patrons de Sienne (saint Ansanus, saint Savino, saint Crescenzio et saint Victor) entre 1330 et 1350. Plus précisément, les quatre autels étaient situés aux quatre angles du transept (intersection de la nef principale et du transept) de la cathédrale. Ont également été réalisées pour ce programme l'Annonciation de Simone Martini et Lippo Memmi en 1333 (autel de Sant'Ansano), la Nativité de la Vierge de Pietro Lorenzetti datant de 1342 (autel de San Savino), et la Nativité que l'on pense avoir été peinte par Bartolomeo Bulgarini en 1351 (autel de San Vittore).

Toutes ces peintures étaient destinées à célébrer la Vierge Marie à travers des épisodes de sa vie, culminant dans le grandiose retable de la Maestà de Duccio di Buoninsegna. La qualité des laques et le lapis-lazuli bleu, redécouverts lors de la restauration de 1986, témoignent du prestige du mécénat.

Grâce à deux descriptions du XVe siècle, nous savons que l'œuvre d'Ambrogio Lorenzetti était à l'origine un triptyque, composé de deux panneaux latéraux représentant saint Michel Archange et saint Crescentius Martyr (tenant sa propre tête tranchée dans sa main) et d'une prédelle en bas. Un siècle plus tard encore, la Présentation inspira des artistes tels que Giovanni di Paolo et Bartolo di Fredi, qui en réalisèrent des copies.

L'œuvre fut ensuite altérée et, déplacée de son emplacement prestigieux, se retrouva dans un couvent de Sienne, avant d'être transférée à Florence par le grand-duc Ferdinand III en 1822. Elle entra à la Galerie des Offices en 1913.

Le thème de la Présentation de Jésus au Temple est traité avec une grande originalité et témoigne de la grande inventivité du peintre, dont la signature figure sur le cadre : « AMBROSIVS LAVRENTII DE SENIS FECIT HOC OPVS ANNO DOMINI MCCCXLII ».

Les Personnages

Au centre de la scène se trouve la Présentation au Temple, cérémonie prescrite par la religion juive quarante jours après la naissance de chaque garçon, afin de permettre à la mère de se purifier.

Au centre, dans l'espace délimité par les deux petites colonnes au premier plan, se trouvent les trois figures les plus importantes : la Vierge Marie (tenant le linceul dans lequel l'Enfant était enveloppé), l'Enfant (qui s'agite et porte un doigt à la bouche) et Siméon le Juste (représenté sur le point de parler après avoir pris l'enfant dans ses bras). À l'extrême gauche se trouve Joseph, précédé de deux femmes (l'absence d'auréole indique leur manque de sainteté). À l'extrême droite se trouve la prophétesse Anne, dépliant un rouleau contenant un message latin que l'on peut traduire ainsi : « Et voici, s'étant approchée à ce moment-là, elle aussi se mit à louer Dieu et à parler de l'Enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d'Israël » (Évangile selon Luc, 2, 38).

Derrière l'autel, on aperçoit un prêtre tenant les colombes destinées au sacrifice dans sa main droite et le couteau sacrificiel dans sa main gauche. Sur l'autel, devant lui, brûle la flamme du sacrifice. Le prêtre semble écouter un autre prêtre à sa gauche, tandis qu'un troisième est visible plus à gauche, derrière la colonne.

Le véritable protagoniste de toute la scène est Siméon le Juste, représenté dans sa vieillesse, absorbé par la contemplation de l'Enfant dans ses bras et la bouche ouverte lorsqu'il délivre son message : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser mourir en paix ton serviteur, car, selon ta promesse, mes yeux ont vu le salut que tu as préparé pour tous les peuples de la terre » (Luc 2, 29-31).

Le cadre architectural

La scène se déroule à l'intérieur d'une église à trois nefs. Le tableau, qui constituait le panneau central d'un triptyque dont les panneaux latéraux ont disparu, a lui-même la forme d'un triptyque, rythmée par les trois nefs de l'édifice et les arcs trilobés qui le surmontent. Le cadre, signé et daté en bas, est flanqué de petits pilastres, accentuant l'illusion architecturale. La profondeur est suggérée par les colonnes inclinées et le sol en marbre à damier.

Au-dessus des prêtres se trouve l'arc de triomphe, orné d'un tableau dans le tableau : deux anges tenant un bouclier sur lequel le Christ bénit, une représentation…C'est anachronique, car dans la scène principale, le Christ n'est qu'un enfant. D'autres prophètes, déroulant leurs rouleaux, sont visibles, plus petits, sur les lunettes des bas-côtés, tandis qu'au sommet des colonnes qui bordent le devant de la scène se dressent deux petites statues de Moïse, tenant les Tables de la Loi, et de Josué, tenant le soleil. Plus haut, au-delà des trois arcades en marbre et de la frise du dragon, se trouve une série d'anges en marbre et en or tenant une guirlande.

À l'arrière-plan se trouvent le dôme et la lanterne. La présence de ces éléments, des statues de Moïse et des anges, des arcades en plein cintre de la façade et des trois nefs de style gothique, confère à l'ensemble architectural une allure qui rappelle celle de la cathédrale de Sienne.

Moïse et Malachie

La présence de Moïse et de Malachie dans les segments de l'arc central, au sommet, est particulièrement significative. Leurs rouleaux portent des messages en latin. Le premier passage peut se traduire ainsi : « Si vous n’avez pas les moyens d’offrir un agneau, qu’il prenne deux tourterelles ou deux pigeons, l’un pour l’holocauste et l’autre pour le sacrifice d’expiation » (Lévitique 12,8) ; le second : « Le Seigneur que vous désirez viendra soudain dans son temple, ainsi que l’ange de l’alliance que vous aspirez à voir » (Malachie 3,1). Ces deux messages portent les thèmes de la purification et de la rédemption, essentiels à l’événement de la Présentation au Temple.

Dans les segments des arcades latérales figurent des chérubins rouges rayonnants.

Style
Le style du tableau correspondant à sa maturité artistique durant ses années siennoises (après 1335). Le carrelage du sol et la profondeur des nefs de l'église témoignent d'une maîtrise de la perspective héritée de l'école de Giotto, confirmant l'indéniable talent de Lorenzetti pour représenter les perspectives complexes déjà perceptibles dans les Histoires de saint Nicolas, peintes vers 1332 (aujourd'hui conservées à la Galerie des Offices à Florence). Cependant, on ne peut encore parler de perspective mathématique, invention de la Renaissance du XVe siècle : si le sol possède un unique point de fuite, celui-ci diffère de celui des murs d'enceinte ou de l'imposte des arcades. Dans ce tableau, la scène se déroule également à l'intérieur des trois nefs d'une église, dans un espace qui, s'assombrissant à mesure que l'on s'éloigne, crée un effet de profondeur inédit dans la peinture toscane, semblant anticiper les réalisations des peintres flamands, tels que la Vierge à l'Enfant dans une église gothique de Jan van Eyck.

Même le clair-obscur des visages et des drapés révèle l'influence giottoienne qu'Ambrogio Lorenzetti avait acquise durant ses années florentines (avant 1332). Les figures sont peintes comme des masses compactes, leurs robes aux couleurs vives se fondant au gré de la lumière, conférant ainsi une extraordinaire impression de plasticité et de volume. Les visages, en revanche, sont rendus selon les physionomies si caractéristiques de l'artiste. La représentation de l'Enfant est tout aussi « lorenzettienne », avec ses pieds agités et son doigt dans la bouche, soulignant son humanité.

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