Le concert

1955

Le concert
Nicolas de Staël, 1955
Huile sur toile, 350 x 600 cm
Antibes, Musée Picasso

De Staël aimait la musique, les titres de ses tableaux le rappellent. Les Musiciens, souvenir de Sydney Bechet, 1953, est un hommage au célèbre compositeur de jazz. Deux grandes toiles, intitulées Les Indes galantes, 1953, s’inspirent de l’opéra ballet les Indes Galantes de Rameau qui, après deux cents ans, était repris au palais Garnier le 18 juin 1952.

Inspirée par des œuvres de Webern et de Schoenberg, entendues à Paris le 5 mars 1955, cette toile immense, où seules figurent, sur un fond rouge, la masse sombre d’un piano et celle ocre délavée d’une contrebasse entre une multitude de pupitres et de partitions d’un blanc-gris diaphane, fait retentir la dimension du silence.

Dans La Peinture cubiste, Jean Paulhan remarque qu’en anglais les natures mortes s’appellent “silences”. Ce temps suspendu et irrévocablement mort, ce temps d’arrêt et de silence si propre à ce genre pictural, Staël le fait étrangement sentir dans cette œuvre qui s’appelle Concert. Un concert qui n’est qu’une présentation d’instruments silencieux dans un espace d’où toute présence humaine est bannie, où le temps s’est arrêté, et où seule vibre la couleur, avec ses coulures, l’épanchement de l’ocre jaune de la contrebasse sur le blanc qui l’entoure, les réserves de blanc autour de la silhouette noire du piano : la peinture dans sa dimension de silence.