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L'enterrement de sainte Lucie

1608

L'enterrement de sainte Lucie
Le Caravage, 1608
Huile sur toile, 408 × 300 cm
Syracuse, Église Santa Lucia al Sepolcro

Ce retable est réalisé par Caravage en 16081 lors de son arrivée en Sicile après avoir fui Malte. La commande provient probablement du Sénat de Syracuse ; Caravage l'obtient sans doute grâce à l'entremise de son ami le peintre Mario Minniti, qui a de très bons rapports avec les Franciscains qui dirigent l'église et son couvent.

La date de réalisation de la toile est bien circonscrite : elle est réalisée entre le 6 octobre 1608, date où Caravage quitte Malte, et le 6 décembre de la même année, puisqu'il se trouve alors à Messine et non plus à Syracuse. Il est possible que la commande soit prévue de telle manière que le tableau soit livré pour le 13 décembre, c'est-à-dire le jour où est célébrée la mémoire de sainte Lucie.

Le retable est initialement prévu pour être installé dans la basilique Santa Lucia al Sepolcro du quartier de Borgata ; mais au gré de déplacements et de restaurations elle se retrouve désormais installée dans une autre église de la même ville, également dédiée à sainte Lucie : l'église Santa Lucia alla Badia, située dans un quartier touristique sur la petite île d'Ortygie. Les conditions de conservation y semblent meilleures que dans la basilique, ce qui est d'autant plus important que le tableau est en mauvais état, surtout depuis une restauration de piètre qualité effectuée en 19795. Cette situation provoque toutefois des contestations, au vu de l'intérêt touristique que représente le tableau, que viennent admirer près de 3 000 visiteurs par jour : des voix s'élèvent pour obtenir le retour du tableau à Santa Lucia al Sepolcro.

La scène représente au premier plan deux fossoyeurs d'aspect massif qui s'affairent à creuser une tombe : derrière eux gît le corps de Lucie de Syracuse, martyrisée pour avoir refusé d'abjurer sa foi chrétienne9. Une plaie à son cou montre qu'elle a été égorgée2. La composition de la scène est enfermée dans un triangle formé par les corps des fossoyeurs en diagonale, et à la pointe le sommet de la tête du diacre au manteau rouge ; une foule se dresse à l'arrière et sur la droite, mais elle est située en dehors de ce triangle au centre duquel le visage de Lucie concentre l'attention du spectateur2. Même le prélat en grande tenue, sur la droite, est marginalisé et se mêle à l'anonymat de cette foule10. L'axe horizontal et l'axe vertical se croisent précisément à l'emplacement des deux personnages centraux que sont la sainte et le diacre11.

Il est possible qu'un autoportrait de Caravage apparaisse dans le visage de l'homme à droite, frappé par la lumière et qui détourne son regard de la scène en direction de la droite du tableau2.

L'espace monumental et vide au-dessus des personnages occupe plus de la moitié de la toile : c'est là une importante innovation du peintre lombard, qui l'avait toutefois déjà expérimentée quelques mois plus tôt dans sa Décollation de saint Jean-Baptiste. Ce grand vide au-dessus des personnages environnés de ténèbres fait penser à une caverne aux contours indéfinis, comme dans la Résurrection de Lazare que Caravage va peindre un peu plus tard à Messine. Par ailleurs, la lumière qui éclaire le visage de la sainte renvoie — de même que de nombreux parallèles formels — à un autre grand tableau de la période romaine : La Mort de la Vierge.

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