![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
On ne connaît guère le destin du frère de Pierre, André, mais les trajectoires de sa légende représentent un cas tout à fait intéressant de quête d’autorité. Les traditions les plus anciennes conservées par le théologien Origène (IIIe siècle) font d’André l’apôtre de la Scythie (aujourd’hui les steppes eurasiennes, de l’Ukraine au Kazakhstan). Cela n’est pas invraisemblable quand on sait que de nombreuses communautés juives se trouvaient sur les rivages de la mer Noire ainsi qu’en Crimée.
Les « Actes d’André », remontant à la fin du IIe siècle, en font l’apôtre de l’Achaïe (province du nord-ouest du Péloponnèse) qui serait mort en martyr à Patras. Il s’agit d’un curieux texte, syncrétique, très imprégné de culture grecque et de croyances néoplatoniciennes et néopythagoriciennes, piochant allègrement dans les religiosités en cours – une sorte de New Age à la manière antique. A partir du VIe siècle, on assiste à une « opération récupération » d’André.
D’abord par Grégoire de Tours, qui écrit une Vie d’André rendant un peu plus orthodoxe la figure de l’apôtre, mais surtout par une série de textes byzantins qui font d’André le fondateur de Constantinople.
En effet, si la nouvelle Rome d’Orient ne pouvait prétendre revendiquer Pierre, depuis longtemps honoré à Rome, le trajet des « Actes d’André » faisait passer ce dernier par le Bosphore : Byzance se contentera donc du frère du grand homme dont elle possédait les reliques, honorées dès 397 dans la somptueuse église des Saints-Apôtres, construite par le fils de Constantin.
Frère aîné de saint Pierre, et comme lui simple pêcheur sur le lac de Tibériade, André est le premier apôtre à suivre le Christ ; il devient ainsi un saint extrêmement vénéré. L'église grecque tente de l'accaparer et de lui faire jouer un rôle semblable à celui de Pierre dans l'église romaine. Saint patron de l'Ecosse (où quantité d'églises lui sont dédiées) il est aussi celui de la maison ducale de Bourgogne et de l'ordre de la Toison d'or. On croyait en effet que les Burgondes, ancêtres supposés des bourguignons étaient originaires d'un pays évangélisé par André : le pays des Scythes (Russie).
Le nouveau testament évoque peu André, mais les textes apocryphes en font souvent mention ; son apostolat légendaire en Grèce, en Asie Mineure et en Russie a été conté avec force détails par La légende dorée de Jacques de Voragine
A partir de la fin du moyen âge, André se reconnaît à un attribut spécifique : la croix en sautoir (devenue croix de saint André) instrument supposé de son supplice à Patras, dans le Péloponnèse. Cette crucifixion sur une croix d'un type particulier a été imaginée en pendant à celle de Pierre, son frère, crucifié la tête en bas sur une croix latine. Il ne s'agit toutefois d'une tradition qui ne s'appuie sur aucun texte et qui n'émerge que lentement. Cette croix en X majuscule est rarement associée à André avant le XVème siècle et c'est surtout l'art bourguignon qui l'a développé (Fouquet, heures d'Etienne Chevalier, Chantilly). Au XVIIème Caravage représente André crucifié sur une croix latine (1607, Cleveland) et Rubens sur une croix en X (1639, Madrid).