Ce projet raconte, à travers des archives familiales et municipales et des documents produits au présent, le destin dune ville minière canadienne, rayée de la carte par le vent de lhistoire industrielle à la fin des années 1980. Dans lintroduction, Mike Simons raconte que cette petite ville fut, quand il avait 9 ans, sa première destination de voyage. Une recherche sur Internet deux décennies plus tard lui a appris quelle avait été rasée, mais quun site Internet, conçu par certains de ses habitants de lépoque, en conservait précieusement la mémoire. Baigné dans une musique électro-ambiant, le récit est construit sous forme dun livre animé où des images danimation coexistent avec du texte, des archives en super8, de vieilles photos en couleur, en noir et blanc, des vidéos actuelles Guidé par Simons qui personnalise chacun de ses chapitres en reliant son expérience intime à la matière de son sujet, le récit se nourrit de ces différentes formes.
Après une première partie consacrée à lhistoire de cette petite ville, la seconde porte sur les PinePointers, les ex-habitants de Pine Point que les auteurs ont rencontrés. Ils les font parler de leur jeunesse à Pine Point et font courir leur parole sur de vieilles photos deux, prises à lépoque. Comme dans un trombinoscope - un facebook- on retrouve ainsi la belle, Kim Feodoroff, une sorte de Kim Wilde de province qui chantait dans un groupe glamrock amateur. Ou Richard Cloutier, un bagarreur invétéré qui sest mis au karaté puis au body-building, et qui fut un temps le petit copain de Kim Leur apparence actuelle se dévoile dans un second temps, dans des séquences filmées aujourdhui, pour le documentaire, où ils racontent ce quils sont devenus.
Une autre partie recueille leur parole sur un événement précis, la chute dun satellite russe, Cosmos 954, dans la région.
Le projet est dune grand richesse, dune beauté émouvante, sensuelle, qui vous absorbe dans ce monde englouti. Avec son esthétique rétro soigneusement travaillée, qui rappelle celle du site des frères Safdie , il saisit de manière inédite, pleine de charme, la saveur du temps perdu. Lintelligence du projet tient au fait quil travaille à partir dun site Internet, et réfléchit en même temps quil lexpose à la notion de communauté virtuelle, interrogeant la forme sucrée que celle-ci propose de sa ville dorigine qui a cessé dexister, et par là, la notion de nostalgie.
Isabelle Regnier : film bazar