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La classe américaine

1993

Avec les voix de : Raymond Loyer pour John Wayne (George Abitbol), Jean-Claude Montalban pour Dustin Hoffman (Peter), Patrick Guillemin pour Robert Redford (Steven), Paul Newman (Dave), Marc Cassot pour Burt Lancaster(José), James Stewart (Jacques), Orson Welles (lui-même), Jason Robards (le patron du journal), Ernest Borgnine (Ernest), Robert Mitchum (Yves), Joël Martineau pour Dean Martin (Dino). 1h10.

Au cours d’un orage au large de l'atoll de Pom Pom Galli dans « l'Ocean South Pacific » (prononcé « océan soute pacifique »), le capitaine de marine américain George Abitbol (John Wayne), officiellement nommé « l’homme le plus classe du monde », meurt en prononçant dans un dernier souffle la phrase « Monde de merde ».

Les journalistes Dave (Paul Newman), Peter (prononcé « Pétère », Dustin Hoffman) et Steven (prononcé « Stévène », Robert Redford), chargés d’écrire un article sur Abitbol, décident d’enquêter pour comprendre le sens de ses dernières paroles. Ils interrogent pour cela de nombreuses personnes qui l’ont connu, aimé ou haï.

Dans une séquence apparait Orson Welles, qui fait savoir aux spectateurs du film qu'il désapprouve le scénario (car celui-ci reprend celui de son film Citizen Kane) mais il est peu après tué, disant dans un dernier souffle « Rosebud », avant que le film ne reprenne.

Au cours de plusieurs anecdotes de jeunesse racontées lors de flashbacks, est montrée l'amitié intime d'Abitbol avec le cow-boy Dino (Dean Martin). Mais cette belle amitié était menacée par les troubles de l’humeur de George. En effet celui-ci, ne supportant pas la vie rurale au « Tegzas », faisait souvent preuve d’une extrême violence sans avoir été provoqué.

Dave révèle alors à ses collègues que, contrairement à ce que l’on croyait, George a été assassiné. Le mystère s’épaissit, tandis que les journalistes orientent leur enquête vers une affaire criminelle. Diverses méthodes de journalisme d’investigation sont alors explorées, avec notamment l’usage de déguisements et du « journalisme total », qui pousse Steven à traverser tout le pays à pied, en passant par l’Alaska, pour interroger un témoin.

Peter s’entretient ensuite avec le coquet gastronome hispanophone José (Burt Lancaster). Ce dernier entretenait une rivalité avec George portant sur « la classe », afin de savoir lequel des deux en avait le plus. Cette rivalité avait mis fin à leur amitié peu avant la mort d'Abitbol. Malgré cela, José est visiblement peiné d’évoquer les souvenirs de son ancien ami. Les journalistes font ensuite plusieurs rencontres qui ne font pas avancer l’enquête, notamment avec un homme qui ne se souvient pas, une vachette, une croix en bois, un enfant de cinq ans, un témoin professionnel qui déforme la vérité, une fille en bikini, un fan d’hélicoptères ou un acteur.

Peu après, Peter découvre que George a menti à propos d’une liaison qu’il aurait eue dans sa jeunesse avec la barmaid Jacqueline (Angie Dickinson), celle-ci affirmant n’avoir jamais cédé à ses avances. Dave rencontre ensuite Yves (Robert Mitchum), qui prétend n'avoir jamais rencontré George, puis qui fait battre Dave par son homme de main après l’avoir mis sur la piste de Joël Hammond, ce dernier entretenant une rivalité intellectuelle avec George. Dans le même temps, Steven se rend chez le fils de Joël, le professeur Hammond (James Franciscus). Hammond lui fait part d’une bataille menée avec George contre des animaux préhistoriques « partouzeurs de droite », mais révèle à Steven que Joël est mort et qu'il ne s’était jamais impliqué dans des affaires dangereuses.

Peter a rendez-vous avec Christelle (Lauren Bacall), une ancienne maîtresse de George. Elle lui révèle qu’Yves avait en fait bien rencontré George, puisqu’il était l’ancien petit ami de Christelle et que, jaloux, Yves avait à l’époque menacé de tuer George tôt ou tard. Alors que l’enquête touche à sa fin et que les journalistes ont trouvé le meurtrier (Yves) et son mobile (Christelle), il est révélé que George Abitbol a en fait survécu et qu’il est revenu pour se venger. George obtient peu après l’adresse d’Yves et se présente chez lui. Mais, au lieu de se venger, George obtient des excuses de la part d’Yves et, peu après, les deux couchent vraisemblablement ensemble.

Steven et Peter font la connaissance de madame Soso (Penny Fuller), qui veut bien coucher avec eux et mettre un terme à leurs longs efforts pour se rendre célèbres et « niquer les gonzesses ». Pendant ce temps, Dave, parti chercher George en voiture, écoute celui-ci lui expliquer le sens véritable de sa phrase « Monde de merde » : un cri de révolte à l’encontre de l’injustice qu’il voit partout. Alors que Dave conduit distraitement, ils sont tous victimes d’un grave accident. George dit alors à nouveau sa fameuse phrase et Dave la répète après lui.Pour le scénario et la mise en forme, les auteurs s'inspirent des détournements cinématographiques du mouvement situationniste. Les auteurs citent entre autres le travail de Guy Debord ou bien La dialectique peut-elle casser des briques ? de René Viénet, dont le mélange entre humour et politique va grandement influencer le travail des deux auteurs. Ils réussissent le tour de force de réaliser un long métrage complet, en s'adjoignant les services des authentiques comédiens de doublage de l'époque des personnages détournés : la voix de Raymond Loyer, l'acteur de doublage attitré de John Wayne et celle de Roger Rudel, la voix familière de Kirk Douglas et Richard Widmark entre autres.

Le film est un mashup (mélange d'images d'archives) composé d'extraits de films de la Warner Bros. réalisés entre 1952 et 1980, ainsi que d'un bref extrait d'un épisode de la série télévisée française Maigret de 1992, tous ces extraits étant montés et doublés afin de créer un film inédit. Le film est une parodie qui réinterprète les scènes et dialogues des acteurs des films qu'il utilise, formant ainsi des situations loufoques et permettant de suivre une histoire au ton délirant et comique. Dans certains cas, les comédiens de doublage sont les voix habituelles des acteurs en question. Ainsi, le film compte entre autres la participation de Marc Cassot (voix de Paul Newman après la disparition de Marcel Bozzuffi, bien qu'il ne double pas Paul Newman dans ce film), de Raymond Loyer (voix de John Wayne) et de Roger Rudel (voix de Frank Sinatra) pour le doublage de plusieurs acteurs dans le film

En 1992, à l'occasion de la journée de la télévision sur Canal+, le producteur Robert Nador souhaite produire un film composé uniquement d'images d'archives, et contacte en premier lieu Alain Chabat. S'il décline la proposition par manque de temps, Chabat ne manque pas de lui recommander Michel Hazanavicius avec qui il travaille dans l'émission Les Nuls, l'émission, plus précisément dans le détournement de vidéos. Le producteur accepte et le met en relation avec Dominique Mézerette ; ensemble, ils réalisent deux premiers détournements, intitulés Derrick contre Superman et Ça détourne.

En 1993, à l'occasion des cent ans du cinéma et des soixante-dix ans de la Warner Bros., celle-ci délivre à Canal+ l'autorisation exceptionnelle d'utiliser les extraits de son catalogue (environ 3 000 titres). Le but officiel était de permettre de monter un petit film promotionnel, avec néanmoins quelques recommandations : ne toucher, entre autres, ni à Clint Eastwood ni à Stanley Kubrick. Robert Nador propose alors au duo Hazanavicius/Mézerette de réaliser ce défi, avec pour objectif une diffusion en salle de cinéma.

Durant quatre mois, Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette consacrent leurs journées à visionner les classiques de la Warner sans le son, ne sélectionnant les passages qu'en fonction de ce qu'ils interprètent en lisant sur les lèvres des personnages à l'écran. En résulte une sélection d'extraits totalement différents les uns des autres, se jouant sur des époques différentes (du far-west jusqu'aux années 1980), ce qui rend difficile l'élaboration d'une trame narrative cohérente avant quils ne chosissent de copier la trame de Citizen Kane . Au début du film, Orson Welles se permet d’ailleurs « […] d'interrompre ce flim parce qu’on se fout un peu de ma gueule. C’est du vol et du plagiat. J’aime pas trop les voleurs et les fils de pute ». À la suite de quoi, il se fait tirer dessus et meurt en disant « Rosebud », tout comme son héros dans Citizen Kane.

La classe américaine est diffusée pour la première fois sur la chaîne Canal+ le 31 décembre 1993. Pour des raisons de droits d'auteurs, la Warner n'autorise qu'une seule diffusion. Michel Hazanavicius livre également une autre explication : « Quand les dirigeants ont vu notre truc, qui n'était pas du tout un hommage au cinéma, mais un truc de sagouin, ils se sont dit : "On s'est engagé, c'est bien, on l'a fait. Maintenant, on le diffuse une fois, et après on met les bandes sous clé." »

Toutefois, de nombreuses copies sur cassette VHS vont être effectuées : tout d'abord par les auteurs eux-mêmes, par des téléspectateurs mais également par des employés de Canal+. Le film va commencer à circuler, grâce au bouche à oreille et progressivement se créer une réputation de film culte.Une seconde diffusion télévisée a lieu en 2004 sur la chaîne Festival (devenue depuis France 4), à la mort du producteur Robert Nador. Le 11 avril 2009, le film est officiellement projeté sur grand écran au centre Georges-Pompidou lors du festival Hors Pistes en présence des deux auteurs. Suivront d’autres projections uniques dans le cadre de festivals.En octobre 2023 le film est ainsi projeté à plusieurs reprises dans le cadre du Festival Lumière 2023.

La classe américaine ne connaît aucune commercialisation sous VHS ou DVD, du fait de la complexité de redistribution et du montant élevé des droits d'auteurs Dominique Mézerette explique : « Avec ce film, nous n'avons pas fait un rond. Canal, non plus. La Warner, non plus. Tout le monde s'est retrouvé marron. Je crois qu'à l'arrivée les seuls qui ont fait un peu d'argent, ce sont les marchands de tee-shirts qui imprimaient des répliques dessus. » Le téléfilm connaît néanmoins une nouvelle jeunesse grâce à une version numérisée qui circule sur Internet, faite en 2008-2009 dans les studios de la rue Cognacq-Jay à Paris par des techniciens de production passionnés, à partir de la Betacam originale. Le film bénéficie alors d'une plus grande notoriété. Selon Michel Hazanavicius : « C'est un exemple unique de film qui n'est pas une marchandise, il n'a pas à se vendre, il se transmet par enthousiasme. » Dès 2002, une restauration en haute définition du film est entreprise à l'initiative d'un fan, Sam Hocevar, qui se procure une grande majorité des films utilisés pour le détournement dans des éditions DVD de meilleure qualité que les versions qui circulaient sur Internet. Avec l'approbation des auteurs, et après un fastidieux processus de montage et de recherche, c'est finalement en 2011 que la quasi-intégralité des plans a pu être identifiée et récupérée sur des versions numérique

Source : Wikipedia

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