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Dao

2026

Avec : Katy Correa (Gloria), D'Johé Kouadio (Nour), Samir Guesmi (Slimane), Mike Etienne (James), Nicolas Gomis (Pierre), Fara Baco Gomis (Jean), Poundo 'Sweet' Gomis (Diminga), Nicolas Bouchaud (François). 3h12.

Alain Gomis, hors champ, encourage les femmes sélectionnées pour un casting à improviser selon leur vécu autour de personnages qu'elles vont interpréter. Gloria va ainsi jouer le rôle dune femme qui va assister à la cérémonie qui, quelques années après le décès de son père, va le consacrer comme ancêtre de son village natal de Guinée Bissau. Elle jouera le rôle d'une mère peu convaincue par l'institution du mariage  qui, au retour de cette cérémonie, verra sa fille, Nour, se marier. La jeune fille qui joue Nour fait ainsi quelques exercices corporels avec celui qui jouera son mari, James, pour rendre plus naturel leur rapprochement physique. D'autres femmes vont jouer aussi qui Diminga, la sœur de Gloria, qui une cuisinière, qui une possédée. Une confrontation se fait aussi avec ceux qui jouent les frères de Gloria et Diminga a propos de leur peu de participation aux tâches domestiques et de leur sentiment de supériorité vis-à-vis des femmes.

La fin du voyage qui mène au village de Guinée Bissau se fait en minibus, le long d'une large route de sable rouge puis  par un chemin chaotique à travers la forêt. A la descente du bus, ce sont les embrassades entre les trois arrivantes ; Gloria, Nour et Diminga et les femmes du villages ainsi que les hommes

Le convoi de voitures décorées qui suit le mariage de Nour et de James quitte la mairie, passe un moment par la fin d'un marché pour saluer quelques femmes qui y travaillent puis se rend dans une grande bâtisse à la campagne où la fête va avoir lieu.

En Guinée Bissau, un groupe entoure Gloria pour faire le point sur l'argent reçu de la diaspora du village à l'étranger pour financer la cérémonie qui va durer trois jours et réunir une centaine d'invités. Environ 3500 euros sont réunis ce qui est une belle somme mais peut-être qu'il faudrait sacrifier six vaches, chacune coûtant 1000 euros.Une femme du village explique le déroulement de la cérémonie; saluer les pierres votives des ancêtres du  village, saluer sa tombe carrelée, un lieu en forêt et, le troisième jour, demander au mort des comptes sur la raison de son décès et les actes de sa vie. Ainsi sera-t-il consacré comme un ancêtre dont la statue viendra prendre place aux côtés de ses pairs.

Dans le corps de ferme choisi pour la fête, les embrassades entre invités se succèdent. Un esclandre survient lorsque Pierre interpelle un autre membre de sa famille sur ses deux femmes l'assimilant à être polygame. mais le tout se termine provisoirement par "des bisous, des bisous, des bisous".

Les femmes du village discutent avec Gloria de leur condition épuisante de femmes au foyer n'ayant d'autre liberté que d'élever les enfants. Les hommes vont inspecter un marché de ventes de vaches...

Le film est un documentaire de fabulation où les acteurs sont mis dans une situation de fiction pour jouer leur propre rôle. L'archétype de ces films étant La chasse du Lion à l'arc (Jean Rouch, 1965) ou La bête lumineuse (Pierre Perrault, 1988). Alain Gomis complique le dispositif par un montage parallèle entre deux cérémonies, celle de la consécration d'un ancêtre en Guinée Bissau et celle d'un mariage à l'occidental en région parisienne. Une troisième série parallèle est composée des castings d'acteurs et surtout d'actrices qui interviennent dans les deux lieux de tournage.

Ce dispositif tout à fait passionnant respecte l'intégrité de chaque série, réduisant au minimum les interactions entre elles mais du coup rend le film extrêmement long sans nous attacher aux personnages. D'autant que si la cérémonie animiste en Guinée Bissau présente pour le spectateur occidental un incontestable intérêt documentaire, celle en région parisienne donne l'impression d'assister à un mariage où nous sommes les invités de dernière minute, condamnés à regarder les embrassades, discusssions de circonstance et disputes un peu surjouées d'invités que l'on ne connaît pas.

Jean-Luc Lacuve, le 3 mai 2026 (critique provisoire)

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