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Dans une Inde
mondialisée et en pleine mutation, ce film plonge le spectateur dans
la genèse d'un amour épistolaire. Genre souvent utilisé
en littérature mais pas dans les uvres cinématographiques
qui ne soient pas des adaptations littéraires.
Le film peut paraître long et attendu,
si le spectateur ne se laisse pas mener par le suspense que crée chaque
petit mot (qui ne manque pas de sel, ni d'épices) laissé par
Ila et la réponse de ce solitaire et très peu sociable comptable
M. Fernandes (autant dire monsieur toutlemonde), qui n'attend plus rien de
la vie depuis la mort de sa femme.
Dans une ère Internet comme le souligne,
Shaikh " we live in an e-mail society ", ces petits mots qu'il glisse
dans la poche de sa chemise près de son cur, rappelle que la
communication par e-mail, est devenue superficielle, peut-être trop
instantanée pour être authentique. Un mot d'elle à 13
heures change le cours de la vie de cet homme. Il arrête de fumer, songe
à ne plus prendre sa retraite, s'ouvre aux autres. Chaque arrivée
de son repas de midi et ses senteurs le métamorphose et lui redonne
le sens de l'humour.
Ila communique avec Auntie, qui n'est qu'une
voix et pourtant qui l'aide à supporter ce quotidien bien répétitif
et maussade. Quand Auntie lui dit que la lunchbox préparée avec
amour pour reconquérir son mari infidèle va tellement plaire
à ce dernier qu'il lui érigera un Taj Mahal, Ila lui rappelle
qu'un Taj Mahal est une tombe. L'idée d'être enfermé(e)
dans une tombe vivant est très présente dans le film. Auntie
ne sort plus et consacre sa vie à s'occuper de son mari à moitié
comateux. Sa mère à passé 15 ans à prendre soin
de son mari qui se meurt d'un cancer du poumon. Sa mère s'étonne
d'avoir faim quand son calvaire se termine à la mort de son mari, et
c'est à ce moment précis du film qu'Ila comprend qu'elle doit
saisir sa chance ou du moins la tenter. M. Fernandez regrette ne peut pas
pouvoir avoir une concession au cimetière horizontale comme pour sa
femme. Il a passé sa vie debout dans les transports et passera sa mort
debout à cause de la surpopulation de l'Inde.
On est séduit pas leur relation inattendu
parce qu'elle se construit sur des petits riens qui pourtant font naître
et perdurer l'amour : faire plaisir à l'être aimé en lui
cuisinant des plats raffinés et variés (tout comme Shaikh, follement
amoureux de sa femme malgré le mépris de ses beaux-parents qui
ne veulent pas l'accepter pour gendre), par les petits mots que l'on glisse
ici dans la lunchbox mais qui pourraient être laissés sur un
coin de table, par le respect mutuel que se vouent ses deux êtres. M.
Fernandez renonce à elle quand il la voit et se rend compte qu'elle
est jeune et belle alors qu'il commence à sentir l'homme vieux.
Si la fin n'a pas de surprise, c'est pourtant
loin des happy ends sur cinéma bollywoodien qui inonde les écrans
de Bombay. Avoir le courage pour une femme indienne de nos jours de rompre
un mariage est un acte de courage et peu courant tant le poids des traditions
est encore présent et les femmes maltraitées dans ce grand pays.
On se moque de connaître ce qui se passera
quand ils vont enfin se rencontrer. Mais il est sûrement mieux de vivre
que quelques années un véritable amour et une délivrance
que de vivre dans une tombe.
Enfin, le film regorge de petites perles humoristiques
(l'aveugle) et se construit sur une répétition de plans. La
première journée longuement filmée des deux protagonistes
est tellement décrite avec forces détails, gros plans que le
réalisateur ensuite se permet des coupes et des ellipses de plus en
plus rapides et crée un rythme soutenu.
Michelle Delalix le 15/12/2013
(Dabba). Avec : Irfan Khan (Saajan Fernandes), Nimrat Kaur (Ila), Nawazuddin (Shaikh), Denzil Smith (Mr. Shroff), Bharati Achrekar (Mrs. Deshpande), Nakul Vaid (Rajeev), Yashvi Puneet Nagar (Yavshi). 1h44.