François Truffaut une autobiographie
À
travers ses vingt-et-un longs métrages, François Truffaut a
composé une sorte dautoportrait. Tout ce quil a écrit,
filmé, imaginé, passait par le filtre de ses émotions.
Dans ce documentaire construit autour des nombreuses traces laissées
par le cinéaste (interviews, images de tournages, photos, lettres,
scénarios
), il occupe la première place. Et face à
lui, nous sommes (à nouveau) conquis, submergés par son charme.
Anne Andreu fait avant tout parler Truffaut. On se remémore ainsi les
phrases lumineuses dun homme qui a réfléchi toute sa vie
sur la création ("Les films respirent par leurs défauts"
).
On entend sa voix, cette voix blanche qui le faisait jouer "à
la limite du faux" (dixit Nathalie Baye), ce phrasé rapide, ces
mots précis. Lhomme qui aimait les femmes aimait aussi les livres
: la caméra sattarde sur son écriture ronde, sur les épreuves
des scénarios, les plans de tournage, les courriers
Portrait à plusieurs voix
Mais le film est aussi un portrait à plusieurs voix, et donne la parole
à des gens quon entend rarement parler de Truffaut : Woody Allen,
Milo Forman, le scénariste Jérôme Tonnerre. Catherine
Deneuve et Fanny Ardant, en voix off, réagissent aux images et rejouent
des dialogues. Jeanne Moreau, Claude Berri, Jean-François Stévenin
parlent du Truffaut quils ont connu. La nouvelle génération
a également la parole à travers le témoignage dArnaud
Desplechin. "Plus quun monument à la gloire du cinéaste,
lobjectif de ce film était de prendre la mesure de lhéritage,
en révélant la filiation cachée mais combien présente
qui relie François Truffaut au public daujourdhui",
explique Anne Andreu. À travers ses films, Truffaut exprimait son obsession
des sentiments. Jeanne Moreau parle dun "élan de spiritualité".
En 1978, dans La chambre verte, il évoquait le rapport des vivants
aux morts. "On peut aimer des morts, on peut se fâcher avec eux",
disait-il. La première image du film dAnne Andreu est celle de
lenterrement du réalisateur, le 24 octobre 1984, au cimetière
Montmartre à Paris. La "chambre verte" senrichit aujourdhui
dun objet vivant.
Anne Andreu
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