The French Dispatch

2021

Avec : Benicio Del Toro (Moses Rosenthaler), Adrien Brody (Julian Cadazio), Tilda Swinton (J.K.L. Berensen), Léa Seydoux (Simone), Frances McDormand (Lucinda Krementz), Timothée Chalamet (Zeffirelli), Lyna Khoudri (Juliette), Jeffrey Wright (Roebuck Wright), Mathieu Amalric (Le commissaire), Steve Park (Nescaffier), Bill Murray (Arthur Howitzer Jr.), Owen Wilson (Herbsaint Sazerac). 1h43.

Arthur Howitzer Jr., le rédacteur en chef de The French Dispatch, prestigieux supplément week-end du Kansas Evening Sun, meurt subitement d'une crise cardiaque. Selon les souhaits exprimés dans son testament, la publication du journal sera immédiatement suspendue après un dernier numéro d'adieu, dans lequel trois articles des éditions précédentes du journal sont republiés, ainsi qu'une nécrologie.

Prologue : Le journaliste cycliste

Herbsaint Sazerac propose une visite à vélo de la ville d'Ennui, montrant différents quartiers, la halle des bouchers, le café Le Sans Blague et une ruelle de pickpockets. Il compare le passé et le présent de chaque lieu, démontrant combien a changé et pourtant combien a peu changé Ennui au fil du temps.

Chapitre 1 : Le chef-d'œuvre de béton

La conférencière J.K.L. Berensen revient dans une soirée de gala sur le parcourt de Moses Rosenthaler aujourd'hui disparu. Rosenthaler artiste souffrant de troubles mentaux purge une peine pour meurtre dans la prison d'Ennui. Il a peint un portrait abstrait de Simone nue, une gardienne de prison avec laquelle il développe une relation complexe. Julien Cadazio, marchand d'art purgeant également une peine pour fraude fiscale, est immédiatement séduit par le tableau après l'avoir vu dans l'exposition d'art des prisonniers, et l'achète malgré les protestations de Rosenthaler. À sa libération, Julien Cadazio convainc ses oncles et associés exposants d'art d'exposer Rosenthaler et celui-ci devient rapidement une sensation dans le monde de l'art, où le prix de ses peintures s'envole. Pourtant, en privé, alors que Simone devenue sa maîtresse refuse de l'épouser, Rosenthaler lutte avec l'inspiration, et se consacre à un projet à long terme.

Trois ans plus tard, Cadazio en colère contre le manque de peintures de Rosenthaler sur le marché qu'il a fait monter convie Ma, une grande collectionneuse texane et une foule de personnalités du monde de l'art pour le dévoilement, en prison, de la grande œuvre de Rosenthaler. Il soudoie les gardiens pour assurer leur chemin dans la prison et découvre une série de fresques dans la prison. Irrité que les peintures soient incrustées à même les murs de la prison et donc inamovibles, Cadazio à une altercation avec Rosenthaler. Il en vient cependant à apprécier la détermination du peintre et la beauté des peintures. Il propose à Ma de les lui vendre à terme dans vingt ans (le temps d'obtenir les autorisations de l'administration carcérale). Pour ses actions visant à mettre un terme à une émeute en prison qui éclate alors, Rosenthaler est libéré sous probation. Vingt ans après les fresques sont transportées hors de la prison dans un musée privé à Kansas.

Chapitre 2 : Révisions d'un manifeste

Lucinda Krementz rapporte qu'une manifestation étudiante a éclaté dans les rues d'Ennui en mars 1968 : des garçons souhaitent pouvoir accéder aux internats des filles. Ces revendications se transforment bientôt en la  "révolution de l'échiquier". Malgré son insistance à maintenir l'intégrité journalistique, Lucinda a une brève histoire d'amour avec Zeffirelli, un jeune chef de la révolte, et l'aide secrètement à rédiger son manifeste et ajoute une annexe. Juliette, une collègue révolutionnaire, n'est pas impressionnée par son manifeste. Après avoir brièvement exprimé leur désaccord sur son contenu, Krementz leur dit d'"aller faire l'amour", ce qu'ils font.

Quelques semaines plus tard, Zeffirelli est tué en tentant de réparer une petite tour radio servant de station de radio pirate révolutionnaire, et bientôt une photographie à son image devient symbolique du mouvement.

Chapitre 3 : La salle à manger privée du commissaire de police

Au cours d'une interview télévisée, Roebuck Wright, journaliste noir-américain à la mémoire stupéfiante, est à même de raconter un épisode de son dernier livre : sa participation à un dîner privé avec le commissaire de la police d'Ennui, préparé par le légendaire lieutenant de police slash, le chef Nescaffier. Le dîner est perturbé lorsque le fils du commissaire, Gigi, est kidnappé et retenu contre rançon par des criminels. Après une série d'interrogatoires, la police découvre la cachette des kidnappeurs. Suite à une fusillade, Gigi parvient à sortir un message en code Morse disant d'envoyer le cuisinier. Le lieutenant Nescaffier est envoyé dans la planque des ravisseurs pour leur préparer un bon repas en empoisonnant les radis que déteste Gigi. Les criminels succombent tous au poison, alors que le lieutenant Nescaffier après avoir été obligé de le tester en premier est gravement intoxiqué. Mais un criminel, qui lui aussi détestait les radis, s'échappe avec Gigi. Ils sont poursuivis par la poursuite. Gigi parvient à s'échapper du toit ouvrant et saute dans la voiture de police pour retrouver son père.

Au bureau Howitzer dit à Wright de réinsérer un passage supprimé dans lequel un lieutenant Nescaffier avait dit à Wright que le goût du poison était différent de tout ce qu'il avait jamais mangé auparavant.

Epilogue.

L'équipe du journal pleure la mort de Howitzer, mais se met au travail pour préparer un dernier numéro pour honorer sa mémoire.

La ville d'Ennui-sur-Blasé, tournée à Angoulême, est celle de Paris comme l'indique le métro ou le plan de la ville. Les trois épisodes sont liés aux cultures dont s'enorgueillit la France : l'art, la révolution et la cuisine. Ces clichés sont enserrés dans le petit théâtre de Wes Anderson. On y retrouve le goût pour la composition du plan valorisant la symétrie (jusqu'aux split-screens avant-après du début) ; les passages du noir et blanc à la couleur, de décors réels au studio, de prises de vues réelles au dessin animé. Pourtant une force obstinée travaille ces épisodes : la force brute de  Moses Rosenthaler, l'amour de la solitaire Lucinda Krementz pour un jeune gauchiste et la surprise d'un nouveau goût pour Nescaffier qui croyait tout connaitre.

Au sein d'Ennui, pourtant, la sensation que quelque chose se perd. Même contrôlé par la mise-en-scène, le temps s'échappe et ne revient pas. D'où, peut-être,  la structure en trois épisodes successifs.

Chacun des journalistes à raconté un épisode sentimentalement fort pour lui.  Arthur Howitzer Jr., rédacteur en chef bienveillant, ne censure pas ses journalistes. Tout au plus biffe-t-il un paragraphe répétitif ou demande à réincorporer un épisode qui donne, sans en avoir l'air, un autre angle à l’article.

Jean-Luc Lacuve, le 12 novembre 2021