Marguerite Duras

(1914-1996)
18 films
   
2
11
 

Elle est un des écrivains les plus importants de la deuxième moitié du siècle.

En 1958, pour la première fois, un de ses romans est adapté au cinéma. Il s’agit de Barrage contre le Pacifique que réalise René Clément. En 1958, elle travaille pour des cinéastes en écrivant le scénario de Hiroshima mon amour avec Alain Resnais puis celui d'Une aussi longue absence pour Henri Colpi. En 1963, elle écrit les dialogues de L'Itinéraire marin, un film de Jean Rollin avec Sylvia Montfort qui restera inachevé. En 1964 c'est Nuit noire, Calcutta, court-métrage de Marin Karmitz dont elle signe le scénario et les dialogues.

Marguerite Duras touche alors au cinéma parce qu’elle est insatisfaite des adaptations que l’on fait de ses romans (Barrage contre le Pacifique, Le Marin de Gibraltar, Dix heures et demie du soir en été, Moderato Cantabile…). Elle réalise La musica (1967) d'après son roman, écrit deux ans plus tôt, Détruire, dit-elle (1969) d'après son roman paru en mars et Jaune le soleil (1971) adapté de son roman Abahn Sabana David publié en 1970.

Le 5 avril 1971, elle signe Le "Manifeste des 343 salopes" avec, entre autres, Simone de Beauvoir et Jeanne Moreau – réclamant l’abolition de la loi contre l'avortement.

Son nom de Neauphle-le-Château dans Trouville désert

Elle sollicite Benoit Jacquot, alors assistant metteur en scène et passionné par son œuvre, pour être son assistant sur Nathalie Granger (1972), La Femme du Gange(1974) et India Song (1975). Le premier est tourné dans sa maison de Neauphle-le-Château, le second sur les plages de Trouville et le troisieme dans le Palais Rothschild à Boulogne sur la musique de Carlos d’Alessio. Ce n'est pas la peine d'aller à Calcutta, à Melbourne ou à Vancouver, tout est dans les Yvelines, à Neauphle. Tout est partout. Tout est à Trouville. […] Dans Paris aussi j'ai envie de tourner, […] L'Asie à s'y méprendre, je sais où elle est à Paris… » (Les yeux verts).

Lorsque Benoit Jacquot part faire ses propres films, Marguerite Duras développe encore davantage un cinéma de la fascination fondé sur la durée et sur les jeux croisés des voix et de la musique. Ses premiers films préservaient une structure narrative presque classique et faisaient la part belle aux comédiennes. A partir de 1976, elle abandonne le cinéma narratif et dissocie de plus en plus la bande-son de l'image, s'acheminant vers un cinéma expérimental plus moderne encore. Son nom de Venise dans Calcutta désert (1976) est filmé dans les ruines désertes du palais Rothschild en reprenant la bande son d'India Song (1975). Dans Le camion (1977) Marguerite Duras dans son salon de sa maison de campagne, lit simplement un manuscrit. Elle raconte une histoire, au conditionnel, à son interlocuteur, Gérard Depardieu, pratiquement muet alors qu'alternent quelques images du film qui pourrait se faire. Césarée (1978) évoque la ville antique détruite sur des images du jardin des Tuileries. Dans Les mains négatives, Marguerite Duras lit son texte sur des vues de Paris désert la nuit. La limite extrême est atteinte dans L'homme atlantique (1981), avec sa voix sur une image complètement noire pendant vingt minutes sur quarante.

Romans, théâtre et films, détruire dit-elle

Romans, théâtre et films se nourrissent les uns des autres, offrent ratures et compléments et, à ses personnages, des variations différentes sur des situations de départ semblables : amours incertaines, départ de l'être aimé, ravissements et désespoir chez des êtres finalement assez banals et donc universels, tentant d'échapper à la perte par un discours incantatoire.

Les trois premiers films de Marguerite Duras sont des adaptations d'œuvres contemporaines, écrites dans l'année ou depuis moins de deux ans. Elle inverse même le processus avec Nathalie Granger (1972), œuvre en partie autobiographique, publiée sous forme de scénario une année après le film. La femme du Gange (1974) et inda song (1975) sont tournés dans la foulée de leur écriture. En effet les romans La femme du Gange (1973) et India Song (1973) cloturent Le  cycle indien  de Marguerite Duras,  débuté avec les romans Le ravissement de Lol V. Stein (1964), Le Vice-Consul (1966) et L’Amour (1971) qui ne seront pas adaptés même si tous s'inspirent du roman initial, Le ravissement de Lol V. Stein qui s’ouvre avec la célèbre nuit du bal de S. Thala qui revient comme un leitmotiv, une scène primitive dans tous les autres livres. Pendant cette nuit, Lol V. Stein, qui a dix-neuf ans, est quittée par son fiancé Michael Richardson pour Anne-Marie Stretter, la femme de l’ambassadeur de Calcutta.

Aprés le très expérimental Son nom de Venise dans Calcutta désert (1976), Marguerite Duras s'offre une pause en reprenant deux textes anciens pour bases de ses films.

Des journées entières dans les arbres est un roman de 1954, adapté au théâtre en décembre 1965 et publié en 1968. Le film de 1977 est une adaptation de cette pièce.

Baxter, Vera Baxter (1977) reprend, en la modifiant fortement sa pièce Suzanna Andler écrite en 1968 et mis en scène au théâtre en 1969. Le film lui-même est de nouveau modifié pour donner lieu à Vera Baxter ou les plages de l'Atlantique paru en 1980 aux éditions Albatros.

Mais 1977 est aussi l'année du très expérimental Camion ou une cinéaste expose le scénario de son futur film, scénario publié par les éditions de minuit la même année.

Les mains négatives (1978) et Césarée (1978) deux textes de Marguerite Duras sont dits par elle sur des images d’un travelling ininterrompu de Bastille aux Champs-Élysées pour le premier et du jardin du Luxembourg pour le second alors qu'ils évoque une volonté amoueruse en lien avec une pratique culturelle préhistorique pour l'un et une ville antique pour l'autre.

Le navire Night est un texte écrit par Marguerite Duras en février 1978. Il parait en mai dans le numéro 29 de la revue Minuit et raconte comment grâce à l'anonymat d'une ligne téléphonique non attribuée depuis la guerre, un homme et une femme font connaissance. L'histoire est courte et contient uniquement l'histoire de J.M. 28 ans qui travaille aux PTT et de F. riche, malade et même peut être folle. Le texte sert de scénario initial au film qui raconte aussi comment un homme et une femme ne vont pas vivre une histoire mais se la raconter au téléphone. Le film contient des passages relatifs à la Grèce ou à l'histoire du chat qui se trouveront dans la version du nouveau texte publié en 1979.

Agatha et les lectures illimitées (1981) est l'adaptation de sa pièce de théâtre Agatha publiée la même année aux éditions de Minuit.

En 1984, L’Amant est publié et obtient le prix Goncourt. C'est un succès mondial. Il fait d'elle l'une des écrivaines vivantes la plus lue. Le roman devient un projet de film du producteur Claude Berri. À la demande de ce dernier, elle s’attelle à l'écriture du scénario, bientôt interrompu par une nouvelle hospitalisation. Elle reste six mois dans le coma. Pendant ce temps, le réalisateur Jean-Jacques Annaud est contacté. Il accepte de réaliser le film et se met à en faire l’adaptation. Marguerite Duras sort de l’hôpital en automne 1989 et reprend le projet en cours en rencontrant le cinéaste. La collaboration tourne court et le film se fait sans elle. Se sentant dépossédée de son histoire, elle s'empresse de la réécrire : L'Amant de la Chine du Nord est publié en 1992, juste avant la sortie du film.

En 1985, Peter Handke présente La maladie de la mort au festival de Cannes.Ce même moi, Marguerite Duras sort son dernier film Les enfants (1985), une adaptation de son conte Ah Ernesto !

En 1993, Benoît Jacquot réalise Écrire, un documentaire sur Marguerite Duras qui lui raconte aussi et c'est l'objet d'un autre film, La mort du jeune aviateur anglais. L'édition vidéo est accompagnée de deux CD avec les textes de ces deux films lus par Fanny Ardant.

Les amours de Yann Andrea et Marguerite Duras ont fait l'objet d'un biopic de Josée Dayan en 2011, cet amour là. En 2021, Claire Simon prépare Je voudrais parler... d'après l’ouvrage Je voudrais parler de Duras de Yann Andréa : en 1982, Yann Andréa et Marguerite Duras vivent ensemble depuis deux ans. Yann demande à Michèle Manceaux de l’interviewer sur sa vie avec Duras, cette passion qui maintenant les lie à la vie à la mort, l’exalte et le rend fou…

Filmographie :

1967 La musica

Avec : Robert Hossein (Lui), Delphine Seyrig (Elle), Julie Dassin (la jeune fille). 1h20.

A Evreux, un divorcé ne parvient pas à oublier sa femme. Les deux époux se sont donnés un rendez-vous dans la ville où ils ont vécu leur amour. Long et difficile duo sur le thème de la passion et de la jalousie.

   
1969 Detruire, dit-elle

Avec : Catherine Sellers (Elisabeth Alione), Michael Lonsdale (Stein), Henri Garcin (Max Thor), Nicole Hiss (Alissa), Daniel Gélin (Bernard Alione). 1h34

Dans une maison de repos, quatre personnes font connaissance. Elisabeth a des problèmes avec sa fille de 14 ans. Max et sa femme Alissa, qui vient d'accoucher d'un enfant mort-né, et Stein, un israélite qui a peur de beaucoup de choses. Ils apprennent à se connaître et deviennent de bons amis jusqu'à l'arrivée du mari d'Elisabeth...

   
1971 Jaune, le Soleil
 

Avec : Catherine Sellers (Sabana), Gérard Desarthe (David), Michael Lonsdale, Sami Frey, Dionys Mascolo. 1h20.

Sabana et David viennent un soir dans la maison du juif Abahn, située dans une banlieue ouvrière de la ville fictive Staadt, pour le garder jusqu'à son exécution prévue pour cette nuit. Ils sont envoyés par un parti d'une orientation communiste dirigé par Gringo. Abahn est un écrivain qui avait fait la connaissance de David quand il écrivait sur le chantier sur lequel celui-ci était maçon. Abahn était militant du parti de Gringo, mais il est parvenu à se libérer de toute idéologie totalitaire. C'est pour cette raison que Gringo a décidé qu'Abahn doit mourir.

   
1972 Nathalie Granger

Avec : Lucia Bose (Isabelle),Jeanne Moreau (l'autre femme), Gérard Depardieu (le démarcheur). 1h23.

Ses enfants à l'école et son mari au travail, Isabelle reçoit une amie. Elles entendent à la radio qu'un tueur en série rôde dans la région. Peu de temps après, elles voient débarquer un démarcheur en machines à laver...

   
1974 La femme du Gange

Avec : Catherine Sellers (La femme), Christian Baltauss (Le deuxième homme), Gérard Depardieu (L'homme de la plage), Dionys Mascolo (Le voyageur), Nicole Hiss (La jeune fille), Françoise Lebrun (voix). 1h25.

Un homme revient sur les lieux où il a vécu une grande et passionnante histoire d'amour avec une femme aujourd'hui décédée. La sensation qu'il ressent est tellement forte qu'il s'imagine qu'elle est toujours vivante et organise sa vie de la sorte...

   
1975 India song

Avec : Delphine Seyrig (Anne-Marie Stretter), Le vice-consul de Lahore (Michael Lonsdale), Claude Mann (Michael Richardson). 2h00.

Dans l’Inde des années 1930, à l'ambassade de France de Calcutta, des voix évoquent le souvenir d’une femme aujourd’hui disparue et inhumée au cimetière de la ville : Anne-Marie Stretter, autrefois épouse de l’ambassadeur… Un soir, lors d’une réception à l’ambassade et dans la torpeur estivale de la mousson, le vice-consul de France à Lahore avait crié son amour à Anne-Marie au beau milieu de la réception...

   
1976 Son nom de Venise dans Calcutta désert

Avec : Delphine Seyrig, Nicole Hiss, Sylvie Nuytten, Marie-Pierre Thiebaut. 2h05.

Inspiré du film India song, ce film raconte la même histoire mais les lieux sont vidés par la mort. Indes, 1930. Anne-Marie Stretter est morte. Elle fut la femme de l'ambassadeur de France, renonça à la musique, vécu un amour absolu et secret et fut aimée à la folie par le vice-consul du Lahore.

   
1977 Des journées entières dans les arbres
Avec : Bulle Ogier (Marcelle), Jean-Pierre Aumont (le fils) , Madeleine Renaud (la mère),Yves Gasc (le barman). 1h35.

Apres de longues annees à l'étranger, une vieille dame revient à Paris pour voir son fils, un quinquagenaire vivant d'expédients.
   
1977 Le camion

Avec : Gérard Depardieu (Lui), Marguerite Duras . 1h20

Une jeune femme écrivain lit un scenario à son futur interprete. Un scénario en gestation, puisque petit à petit les images naissent, les personnages s'elaborent...

   
1977 Baxter, Vera Baxter

Avec : Claudine Gabay (Vera Baxter), Delphine Seyrig (L'inconnue), Gérard Depardieu (Michel Cayre). 1h30

Vera Baxter vit terrée dans une villa isolée de Thionville-sur-Mer. Elle qui n'a jamais aimé que son mari Jean se confie à une ancienne maîtresse de ce dernier. Elle lui raconte comment il a payé très cher un journaliste pour qu'il devienne son amant, lui qui était si volage. Vera en a beaucoup souffert, songeant parfois au suicide...

   
1978 Les mains négatives

Avec la voix de Marguerite Duras. 14'

Dans l’opacité d’une nuit rencontrant le bleuté d’une aube, lumière se fait au fur et à mesure d’un travelling ininterrompu. De Bastille aux Champs-Élysées, en passant par le boulevard des Italiens, l’avenue de l’Opéra et la rue de Rivoli, un Paris dépeuplé et pudique s’offre à la voix mystérieuse et profonde de Marguerite Duras qui interprète comme un appel les traces de mains peintes dans les grottes préhistoriques d'Espagne.

   
1978 Césarée

Avec la voix de Marguerite Duras. 10'

Sur des images du jardin des Tuileries, Marguerite Duras évoque Césarée, ville antique détruite

   
1979 Le navire night

Avec : Bulle Ogier, Dominique Sanda, Mathieu Carriere et les voix de Marguerite Duras et Benoît Jacquot. 1h35.

Images de Paris, au crépuscule. Saisie à la tombée de la nuit, la ville s'éteint et une voix s'élève. Elle nous raconte une histoire: celle d'un homme qui par désœuvrement compose des numéros de téléphone non attribués pour parvenir à toucher au bout de ce fil ténu une voix de femme...

   
1979 Aurélia Steiner ( Vancouver) ; Aurélia Steiner ( Melbourne)
 

Avec la voix de Marguerite Duras. 0h48; 0h27

Celle qui parle évoque ses parents morts en déportation : sa mère est morte en accouchant, son père a été pendu pour avoir volé de la soupe pour elle, et parfois elle semble parler à ce père, parfois à un jeune. marin à qui elle s'offre.

Une rivière qui passe, un chat affamé qui miaule puis meurt. A travers ces images, une femem évoque la recherche d'une communion avec une autre personne jamais nommée, étrangère ou inconnue et pourtant intensément aimée.

   
1981 Agatha ou les lectures illimitées

Avec : Bulle Ogier (La soeur), Yann Andréa (Le frère) et la voix de Marguerite Duras. 1h30.

Elle dialogue avec son frère qu'elle adore. Ils évoquent leur passé et leur avenir. Leur amour interdit et la découverte de la réalité de cet amour. La vie qui les a séparés et leur profond désir de se rencontrer...

   
1981 L'homme atlantique

Avec : Yann Andréa et la voix de Marguerite Duras. 42'

Marguerite Duras est desormais seule chez elle. Quittée par l'homme qu'elle aime, elle évoque sa douleur à vivre cette situation et decide de faire un film.

   
1983 Dialogue de Rome

(Il Dialogo di Roma). Avec les voix de : Anna Nogara (Elle), Paolo Graziosi (Lui). 1h05.

Rome. Des images des monuments romains et des environs de la ville avec des paysages de campagne. Simultanement un dialogue en voix off s'instaure ou des amants se parlent et disent la reciprocite de leur amour.

   
1985 Les enfants

Avec : Axel Bogousslavsky (Ernesto), Daniel Gélin (Enrico), Tatiana Moukhine (Natasha), Martine Chevallier (Nicole), André Dussollier (Le directeur d'école), Pierre Arditi (Le journaliste). 1h24.

Ernesto est un gamin de sept ans qui en paraît quatre fois plus. A l'école, il surprend le directeur car il refuse de suivre les cours et d'apprendre ce qu'il ne sait pas...