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La guerre

1894

La guerre
Henri Rousseau, vers 1894
huile sur toile, 114 x 195 cm
Paris, Musée d'Orsay

Lorsque Rousseau présente La Guerre au salon des Indépendants de 1894, son originalité absolue retient l'attention. Le peintre, qui admirait l'art académique de son temps, y renoue pourtant avec le genre allégorique. Par une composition strictement scindée en deux registres horizontaux, il retrouve la force symbolique de l'Egalité devant la Mort de son aîné Bouguereau.

Quelques années après la guerre franco-allemande de 1870-1871, nombreuses étaient les représentations personnifiées du conflit. Mais le style particulier de Rousseau fait ressortir l'irréalité de la scène. Lors de sa première présentation, l'oeuvre suscite le sarcasme et la condescendance pour la maladresse de sa facture. Pourtant, Louis Roy, un jeune peintre alors critique au Mercure de France, louera cette "courageuse tentative dans le sens du symbole" et son "étrangeté" novatrice.

C'est grâce à son sens profond de la synthèse que Rousseau atteint une telle puissance symbolique. La Guerre, femme sans âge, grimaçante, tenant épée et torche fumante, monte en amazone un cheval volant. Elle plane sur un paysage désolé, et un amoncèlement de cadavres masculins. La composition, dénuée d'éléments anecdotiques ou narratifs, s'apparente davantage à celle de l'icône. Rousseau l'aurait d'ailleurs empruntée à une gravure de presse qui illustrait un feuilleton intitulé Le Tsar. La stylisation des formes, l'absence de perspective réaliste, les aplats de couleur relèvent eux aussi de l'imagerie populaire.  Par l'absence totale d'indication historique, par sa force métaphorique, cette oeuvre se hisse au rang des plus grands manifestes picturaux contre la guerre.

lus de vingt ans après le conflit franco-prussien de 1870 et la Commune de 1871, c'est encore marqué par ces évènements que le Douanier Rousseau peintLa Guerre. Au centre, un personnage féminin grimaçant tient une épée et une torche. Cette sorte de Bellone, déesse romaine de la guerre, monte un cheval qui ressemble plutôt à un monstre hybride. Le sol sombre est recouvert d'un amas de corps, des corbeaux se repaissent de cette charogne humaine. Les arbres semblent calcinés. Les nuages sont rouges. Sans élément anecdotique ou narratif, Rousseau parvient à mettre le drame en image. L'abondance des formes déchiquetées et surtout le choix des couleurs y concourent : le vert de l'espérance est totalement absent ; dominent le noir et le rouge, couleurs du deuil et du sang. Parmi les sources possibles de La Guerre, un emprunt semble évident. Il s'agit de la posture du cheval, sorte de "galop volant", qui correspond exactement à celle des chevaux du Derby d'Epsomde Géricault (1821, Paris, musée du Louvre). Pourtant, grâce à la décomposition du mouvement par la photographie, on sait à l'époque de Rousseau que cette position est fausse et n'intervient jamais dans lors du galop d'un cheval. La Nuit d'Hodler peut également être citée. Dans ce tableau, exposé avec un grand retentissement au Salon des Artistes Français de 1891, les corps allongés parallèlement au plan de la toile, la gamme colorée et la présence de la Mort au centre de la composition sont autant d'éléments qui auraient pu être suggérés à Rousseau par Hodler. Au Salon de Indépendants de 1894, La Guerre est accueillie soit par des sarcasmes, à cause de son aspect maladroit, soit avec enthousiasme, pour sa totale indépendance de style. Ainsi, le jeune peintre Louis Roy écrit dans Le Mercure de France : "cette manifestation a pu paraître étrange parce qu'elle n'évoquait aucune idée de chose déjà vue. N'est-ce point là une qualité maîtresse? [Rousseau] a le mérite, rare aujourd'hui, d'être absolument personnel. Il tend vers un art nouveau...".

Source : Musée d'Orsay

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