Femme descendant un escalier

1965
Femme descendant un escalier
Gerhard Richter, 1965
Huile sur toile, 200,7 x 129,5 cm
Chicago, The Art Institute of Chicago

Les tableaux de Richter se partagent en deux catégories : d'une part les tableaux figuratifs réalisés d'après photographie, d'autre part les œuvres abstraites, fondées sur le processus de peinture. Malgré cette différence stylistique, toutes ces œuvres ont en commun le principe de neutralité du peintre. Qu'ils soient abstraits ou figuratifs les tableaux de Richter ne traduisent pas un souci d'expression mais bien un intérêt pour la méthode.

Les tableaux photographiques doivent être lus en fonction de leur fidélité à la source, de l'habileté et du savoir-faire avec lesquels le peintre parvient à traduire les effets de la photographie par la technique du pinceau.

Femme descendant un escalier
est l'un des exemples les plus élaborés du point de vue conceptuel de ce procédé. Il s'agit d'un commentaire humoristique, ironique et critique du chef d'œuvre moderne canonique de Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier. Alors que Dchamp montre une figure masculine dénudée dans un espace non perspectif, Richter opte pour une figure féminine habillée dans un espace photographique doté de profondeur. Alors que le nu de Duchamp traverse l'image de gauche à droite, parallèlement à la surface du tableau, la femme du tableau de Richter avance en diagonale en direction du spectateur.

L'ironie est ici double, Nu descendant un escalier fut le dernier tableau de chevalet de Duchamp et constitue son ultime essai avec ce qu'il appelle le "rétinien" dans la peinture, à savoir le jeu entre l'apport des touches et la surface destiné à créer une illusion spatiale. Richter de son côté, substitue l'image photographique à l'image peinte en imitant la neutralité de surface de la photographie.

Source : Le sens de la peinture, P. 356