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Le cyclope

1914

Le cyclope
Odilon Redon, Vers 1914
Huile sur carton marouflée sur panneau, 66 x 52,5cm
Otterlo, Kröller-Müller Museum

A la fin de sa vie, Odilon Redon ajoute à son iconographie des sujets tirés de la mythologie grecque. Il représente ainsi La naissance de Vénus ou Le char d’Apollon, visions optimistes célébrant la beauté de la création.

Dans Le Cyclope, il choisit un sujet plus sombre inspiré des Métamorphoses d’Ovide : le cyclope Polyphème était tombé amoureux de Galatée, mais la nymphe de la mer aimait Acis. Les découvrant ensemble, le cyclope écrasa Acis sous un rocher. Dans le tableau, ce dernier est représenté en bas à droite de la composition, à peine discernable. La belle Galatée se cache dans la végétation, non loin du corps de son amant, tandis que Pylophème la recherche de son œil gigantesque.

Redon retrouve ici plusieurs ressorts de ses œuvres de jeunesse : la vision effrayante, les êtres hybrides ou monstrueux – il a déjà utilisé le motif du cyclope, mais souriant, dans une lithographie de l’album Les Origines en 1883 –, le paysage montagneux. La silhouette gigantesque et effrayante surgissant d’entre les montagnes évoque aussi une œuvre de Francisco de Goya, Le Géant de 1818. Redon avait dédié en 1885 un album à l’artiste espagnol, son devancier dans la gravure fantastique.

Au point de vue de la thématique, Redon renoue donc avec ses amours de jeunesse, en les alliant à son goût nouveau pour la mythologie grecque. Le traitement quant à lui utilise toutes les ressources de la fin de son œuvre : les touches associent subtilement des coloris variés, et le rendu de texture presque minéral souligne la matérialité de la peinture.

Texte : Cécile Thézelais