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Allégorie avec Vénus et Cupidon

1550
Allégorie avec Vénus et Cupidon
Bronzino ,1540-50
Huile sur toile, 146.5 x 116.8 cm.
National Gallery, Londres

Agnolo di Cosimo, dit Bronzino a travaillé à la cour du premier souverain absolu qu'ait connu Florence, le duc Cosme de Médicis. Et c'est en tant que portraitiste officiel du duc et de la duchesse, de leurs enfants et des membres de la cour, qu'est devenu célèbre cet élève et assistant bien-aimé de Pontormo- lequel a du reste inséré son portrait dans le panneau de Joseph en Egypte avec Jacob.

La cour d'un souverain despotique était plus sensible à l'artifice qu'au naturel. Le style revêtait une importance démesurée car il permettait de masquer les rudes réalités du pouvoir et de la dépendance. Toute spontanéité était étouffée et le protocole gouvernait les comportements du quotidien. Cette œuvre, probablement crée à la cour de Toscane et destinée au roi de France a été conçue comme une énigme, et comporte des symboles et des emblèmes provenant du monde de la mythologie et de l'héraldique.

L'œuvre aurait constitué un présent idéal pour le roi de France : il était connu pour ses appétits, avait un faible pour la magnificence et la culture italianisantes, et aimait en outre l'héraldique et les emblèmes énigmatiques. Déchiffrer le symbolisme de l'œuvre aurait aussi servi de prétexte à une longue contemplation des corps de Vénus et de Cupidon et des détails lubriques de leur étreinte.

La déesse de l'Amour et de la beauté, identifiable à la pomme que Pâris lui avait donnée et à ses colombes, a retiré sa flèche à Cupidon. A ses pieds, des masques, symbolisant peut-être la sensualité de la nymphe et du satyre, semblent lever les yeux vers les amants. L'enfant riant qui, un anneau et des clochettes à la cheville, jette sur eux des pétales de roses, sans se soucier de l'épine qui lui transperce le pied droit, incarne le Plaisir. Derrière lui, la figure au visage franc mais au corps monstrueux qui présente d'une main un rayon de miel et cache de l'autre le dard de sa queue, incarne, quant à elle, la tromperie. De l'autre coté des amants se tient une figure sombre, autrefois considérée comme une personnification de la Jalousie mais récemment identifiée comme celle de la Syphilis, maladie du Nouveau Monde qui avait probablement fait son entrée en Europe et pris des proportions endémiques au XVIème siècle.

Le sujet de la scène centrale se révèle donc être - avec toutes ses conséquences cuisantes- l'amour non chaste, auquel préside le plaisir et que la tromperie encourage. Dans le coin supérieur gauche, Oubli, dans l'impossibilité physique de se souvenir, tente de tendre un voile sur l'ensemble de la scène, mais il en est empêché par le Temps, ce qui est peut-être une allusion aux effets à retardement de la syphilis.

Aussi froids que le marbre ou l'émail, les nus se déploient sur un somptueux bleu outremer. L'ensemble de la composition rappelle les motifs créés par Bronzino à la même époque pour la nouvelle manufacture de tapisseries du Duc. Mais l'analogie avec un objet de luxe qui a rendu les cours d'Italie tristement célèbres s'impose encore davantage : telles ces fabuleuses bagues à poison des Borgia qui attiraient les regards mais dont l'ouverture était menace de mort, l'image voile et dévoile son amère morale.

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