du 15 mai au 15 juin 1886
Maison Dorée, 1 rue Laffitte,
 

Au début de l'année 1886, Berthe Morisot et son mari, Eugène Manet – frère d'Édouard, mort trois ans auparavant –, prennent en main l'organisation d'une ultime exposition impressionniste. Elle est intitulée Huitième exposition sur les affiches et le catalogue, le qualificatif d'impressionniste est supprimé.

L'initiative en revient à Camille Pissarro qui a lui-même adopté la méthode pointilliste et qui entend introduire dans le groupe ses nouveaux amis, Seurat et Signac. Degas et Eugène Manet étaient hostiles à la présence des peintres novateurs. Ils ont bien voulu admettre Seurat, Signac et Odilon Redon mais ont réfuté Angrand et Dubois-Pillet. Berthe Morisot fait preuve de beaucoup de tolérance et intervient avec diplomatie pour défendre la présence de ces nouveaux peintres. Après bien des discussions, les toiles des nouveaux venus seront accrochées dans la même salle que celles des autres artistes, dont elles sont si différentes.

La huitième exposition est aussi marquée par l'absence surprenante de grandes figures de l'impressionnisme. Claude Monet, Sisley, Renoir et Caillebotte ont refusé d'y participer. Ils ne veulent pas se compromettre auprès des jeunes peintres soutenus par Pissarro et sont agacés de la présence de Gauguin. Cézanne s'est éloigné, vit en Provence, expose peu et a renoncé aux expositions impressionnistes depuis 1877. C'est donc une exposition tronquée, mais néanmoins brillante, qui ouvre ses portes le 15 mai 1886, dans un appartement de la rue Laffitte. Edgar Degas s'occupe de rassembler l'argent nécessaire pour payer le loyer et de regrouper les œuvres.

Dix-sept peintres seulement participent à cette exposition : Marie Bracquemond (6), Mary Cassatt (7), Berthe Morisot (14), Edgar Degas (18), Jean-Louis Forain (13), Paul Gauguin (19), Armand Guillaumin, Camille Pissarro (20), Lucien Pissarro (10), Odilon Redon (15), Henri Rouart (27), Claude-Emile Schuffenecker (6), Georges Seurat, Paul Signac (15), Charles Tillot (16), Victor Vignon (18), Federico Zandomeneghi (12).

Georges Seurat expose une grande composition Un dimanche à la Grande Jatte, que l'étroitesse de la salle où il est accroché ne permet probablement pas de contempler avec le recul nécessaire. Elle suscite des réactions agressives aussi bien des visiteurs que des critiques. Signac dit qu'elle subit « un défilé d'injures et de ricanements ». Octave Mirbeau loue sans réserve la sincérité du jeune peintre. Le critique Félix Fénéon défend cette nouvelle manière picturale et c'est grâce à lui que La Grande Jatte est devenue le manifeste du mouvement néo-impressionniste. D'autres critiques apprécient la délicatesse de ses coloris en demi-teintes, qui confèrent un grand calme à ses œuvres. Les toiles de Paul Signac, accrochées non loin, contrastent par l'intensité de leurs couleurs, qui résonnent comme une fanfare. Les impressionnistes font des œuvres sages en comparaison de la jeune école pointilliste.

Sont exposés notamment : de Seurat, Un dimanche à la Grande Jatte, Le bec du Hoc, Grandcamp ; de Paul Signac Les Gazomètres de Clichy

 

Un dimanche à la Grande Jatte
Georges Seurat 1884
Le bec du Hoc, Grandcamp
Georges Seura,t 1885

Bibliographie : Sophie Monneret, L'Impressionnisme et son époque, Robert Laffont, 1987.